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jeudi 5 novembre 2015

Florence et Maddalena.


Maddalena à Santa Croce 

Ici, point d’historique sur la basilique de la Sainte Croix construite peu de temps après la mort de Saint François, mais une rencontre avec Maddalena tandis que les franciscains, se faisant discrets sur une fresque du 16ème siècle, se perdaient dans la pénombre d'un autel particulier.

- Vous pouvez vous faire accompagner d’un guide… oui, et qui parle français.
Qui parle français ? Tu parles. Pas tant que ça, ce qui se révélera à l'usage ! Mais, quel usage.
- Ah, et c’est gratuit ?
Gratuit et gratifiant, je vous l’assure, une visite avec Maddalena, perdus dans cette immense basilique de Santa Croce, la plus grande église franciscaine au monde.
- Je parle pas bien français.
Pas de problème, bébé, me disais-je, tu es bien trop mignonne pour nous ennuyer avec des problèmes de langue. Sauf Danielle qui, elle, la trouvait nunuche, peu doué. Et trop mignonne aussi, ce qui gâchait encore plus sa visite.
- Pas de problème. Si ce n’est en français, il nous restera la langue de Dante... Avec, en plus Danielle en anglais et espagnol. Moi, c’est Gilles. Et vous… oui ? Comme le gâteau de Proust si goûteux ?

- Oui, répondit Maddalena qui n'avait pas tout saisi. Bene. En haut du parvis, à gauche de l’église, est la statue de Dante, le grand poète expulsé par sa ville.
- Il a écrit la divine Comédie et vécu une belle histoire d’amour.
- Enfin, on ne sait pas trop cette histoire si c’était vrai. Mais quand la gentillissima Béatrice meurt, Florence devient veuve. On dit comme ça ? Et Ravenne refuse de rendre les os de Dante, malgré l’expulsion cassée en 2007. Peut-être bien 2008 ?
- 2007 ou 2008… mademoiselle ne sait pas. Cassée, l’expulsion. Je t’en foutrai, du décret cassé. Et, pourquoi pas révoqué, mademoiselle ? Allez, topons pour 2008.
Danielle, qui commençait à trouver la mignonne usante, faisait montre d’une belle humeur de dragonne. On peut dire dragonne ? Dragon conviendrait mieux ?
- Allez et osez. Osez, Maddalena. Et continuez pour notre bon plaisir.

-Quand on rentre dans l’église, on voit la croix partout. Même la basilique a la forme. Pour les bénédictins, elle dit leur amour pour Jésus. Dans les vitres, là-haut… la rosace ? Oui ? Oui, encore la croix. Et partout des signes de pauvreté, aussi. Même le toit est en bois. En 1966 était une croix immense, peinte. On l’avait couchée sur le sol… oui, de la nef. C'est comme ça qu'on dit ? Oui, pour la restaurer. Après l’inondation, elle rendait sa couleur sur les doigts, et elle était foutue. Ont dit comme ça, foutue ?
- Oui, Maddalena, on dit comme ça. Foutue. C’est bien, continuez.
N’est-elle pas mignonne, dans son français, mon joli guide personnel ? Danielle se faisait furieuse.

- Beaucoup de gens veulent être enterrés dans l’église. Et les moines aiment la renommée des gens illustres. Dans ce coin est le monument funéraire de Michelangelo. Il était florentin, mort à Rome avec son ami de cœur, le jeune Tommaso dei Cavalieri. Mais, il n’est pas enterré dans le monument mais sous les pavés .

Michel-Ange, un air de ressemblance, n'est-il pas ?
- C’est donc un cénotaphe, puisque le tombeau est vide… comme celui de Dante, n’est ce pas ?
- Pardon ? Oui, vide. Michel Angelo est sous nos pieds, là, sous les pavés, avec son copain…
- Oui, sous les pavés, la plage. N’est-ce pas, Mademoiselle ?
- Pardon ?…

- Non, rien. Mais, mon Dieu, comme tout ceci est pertinent…
- Tu disais, Danielle ?
- Rien. N’empêche que notre guide est extrêmement intéressant. Et des morts, et des tombeaux, et des cénotaphes… merci Gilles. Je ne connaissais pas le terme exact. Que de pierres tombales, mon Dieu. Priez pour nous ! C’est d’un réjouissant, Maddalena. C’est Byzance, que dis-je, c'est Bizerte.  

- Oui. Bizarre, c'est. Ici est enterré Bruni, l'humaniste, et à gauche le monument de Fermi.
- Le créateur de la bombe atomique…
- Peut-être pas, monsieur. De la radio. Ah, voyez les deux orgues qui se font face dans la nef. Même eux sont pauvreté, peu de tubes, pas de décoration.
- Encore moins de tuyaux d’orgue, précise Danielle, toute à sa joie. Et de registres, à l'unisson.

- Ah, ici encore, la tombe de Galiléo. Et plus loin, celle de Machiavel et Rossini, et d’autres célébrités.
Maintenant que je finis la visite, allez voir les fresques et les retables dans les nombreux autels à droite et à gauche dans les bras de la croix. Et les vitraux. Ici, vous pourrez suivre l’évolution de l’art pictural depuis le 13ème siècle.

Mince, alors. Maddalena nous a laissés à nos petites affaires. Alors, la visite est terminée ? Depuis, les cloîtres, les cryptes, les vitraux, les retables et autres joyeusetés de Santa Croce m'ont rendu maussade. On peut dire maussade ? Je crois que oui.

Voila pourquoi, moi aussi, je finis ici ma visite de Santa Croce, la grandiose basilique de Maddalena et de Saint François. Et que l’on ne m’en veuille pas. Même Danielle a senti ma tristesse, ce vendredi 30 octobre 2015, en matinée avant de courir à San Marco entendre Sylvia nous guider divinement, un certain midi tout de lumière environné.

Toutefois, sachez, Maddalena, que j'ai particulièrement apprécié vos explications pertinentes et qu'à force d'accompagner des touristes français et à pratiquer notre langue, vous serez à même de devenir un excellent guide. Quoiqu'en pense Danielle, la jalouse. Et on voudra bien l'excuser.

Pour vous, et en toute affection, chère Maddalena, ce texte en ce jeudi 5 novembre 2015 des après Florence.

mercredi 4 novembre 2015

Florence et Sylvia.


Sylvia au couvent. 

Dans ce texte, nous découvrirons le couvent de Fra Angelico, ce dominicain de la Renaissance, des fresques, une bibliothèque. Sans oublier Gérolamo Savonarola, son prieur jugé, pendu et brûlé, ce qui coïncidera avec le déclin de Florence.
Vendredi 30 octobre, midi tapant à l’église de San Marco, heure de la  visite en excellent français. Sylvia, guide émérite.

-  Je m’appelle Sylvia et vous guiderai dans le couvent San Marco situé dans le quartier des médecins, repris aux Silvestrini qui avaient fait des entorses à leur règle, modernisé par Cosme 1er l’Ancien et cédé aux dominicains vers 1443.

- Notre abbaye marqua fortement la vie religieuse, politique et médicale de Florence par Savonarole, son hospice, et sa bibliothèque unique à la Renaissance. Le couvent avec ses jardins et potagers, et même une forêt, abritait de nombreux moines, convers, pèlerins, voyageurs et malades. Vous noterez, au cours de la visite que le musée aura tout fait pour respecter une certaine atmosphère pour nous replonger dans la Renaissance des Médicis qui, il faut le savoir, tirèrent gloire de ce don qui permettait de faire oublier qu’ils furent « vendeurs d’argent », tout en les réinscrivant dans leur talent premier, la médecine.

- La salle des Hospices regroupe les peintures sur bois de Guido di Pietro devenu fra Giovanni puis beato Angélico, au moins toutes celles qui auront pu être récoltées dans les églises de Florence au 19ème siècle. Compréhensibles de tous, elles montrent des scènes de la vie de Jésus, de sa naissance à sa mort, sa présentation au temple, la fuite en Egypte, le jugement dernier… Ces peintures, plus touchantes que naïves servaient à l’édification religieuse d’un peuple analphabète. Vous noterez surtout le souci du détail, la précision du trait et la clarté du message. Et la richesse des couleurs.

- Dans le premier grand triptyque, au centre la vierge et l’enfant, peints en grand, s’imposent sur les créateurs des ordres mendiants en adoration. Et voyez le sang sur la tête qui désigne les martyrs pour la foi. Ici, beato Angelico utilise le bleu et la feuille d’or, des couleurs extrêmement onéreuses.

- Voyez, tout autour du cloître, que de grandes fresques servaient d’indication sur la vie du couvent pour les pèlerins accueillis qui se rendaient à Rome. Par exemple ici est un moine qui impose silence d’un doigt sur la bouche à l’entrée d’une salle, là un autre lisant la bible au chevet d’un malade, et là encore des malades consultant dans l’hospice…

- Dans la petite salle du chapitre, le tableau monumental de la crucifixion comble tout l’espace. Ici, rien de superflu : seul, Jésus crucifié et saint Dominique agenouillé enserre de ses bras la croix en T qui repose sur un début de colonne de pierre pour signifier qu’elle est seule le fondement de l’église. Notez encore le fond bleu : la crucifixion de Jésus aurait pu se passer n’importe où dans le monde, et pas qu’à Jérusalem.

- Puis, nous arrivons à la salle des ablutions signalée par la fresque du dehors et au réfectoire. Ici, des voutes exécutées à la renaissance soutiennent un étage et cachent des fresques beaucoup plus anciennes que vous pourrez apercevoir dans une des cellules, à l’étage. Tout à l’heure, vous pourrez revenir y contempler l’admirable Senacolo de Soliani.

- Revenons dans le cloître. Remarquez, par exemple dans ce coin, deux personnages encadrant un médaillon de marbre avec, à l’intérieur une fresque d’une époque postérieure. C’est bien dommage, direz-vous mais les moines avaient besoin de généreux donateurs qui ne se privèrent pas de laisser leurs marques en se servant du couvent pour tombeau, ce que l’Empereur Napoléon, en 1808 interdit tout simplement par l’expropriant des moines.

- Voyez que San Marco est habitué de l’expropriation qui se paracheva fin du 19ème siècle, si ma mémoire est bonne, puis le monastère sera divisé en deux et, de l’autre côté de la grille vous pourrez peut-être apercevoir 4 moines déambuler dans leur cloître.
Maintenant, entrons dans le petit réfectoire contempler l’œuvre admirable de Ghirlandaio, la Cène avec deux disciples endormis et Judas se tenant assis devant, à l’écart des autres, un chat peint derrière lui.

L’annonciation à Marie. Fra Angelico.
- Maintenant, montons à l’étage. La première fresque, dite de l’Annonciation est peinte à l’entrée de la cellule du prieur, œuvre de Fra Angelico, une des plus célèbres. La technique de la fresque se fait sur mur « frais » et demande à être réalisée rapidement. Notez que les ailes de l’ange brillent, Angelico utilisant des grains de silice plus grossiers.
- Les cellules des moines les plus anciens seront décorées par fra Angelico, les autres par ses élèves quand il sera appelé à Rome. Les thèmes en seront : "Femme, ne me touche pas, les femmes à la levée du corps, la Nativité, la transfiguration, la Résurrection, Marie Couronnée"… et toutes les autres cellules hériteront de la même fresque de la crucifixion avec de longs jets de sang jaillissant de la poitrine du Christ.

- Dans cette petite pièce, près de la dernière cellule, comme dans une sorte de chapelle se trouve le portrait de Savonarola peint par fra Bartolomeo. Les dominicains ont voulu rendre hommage à cet homme qu'ils considèrent comme un saint, et voyez que son message de pauvreté pourrait encore être suivi. Certainement le précurseur de Luther, par sa critique du Pape et de Calvin, par sa rigueur, mais qui abusa sans doute de son pouvoir en réunissant le religieux au politique.

- Pour terminer, voici la bibliothèque du couvent qui fut offerte, à la Renaissance par Niccolo Niccoli, un riche florentin ami des Médicis. Une fortune pour l’époque. 800 livres. Attachés par des chaînettes. A disposition de tous. Liebnitz vint y consulter des ouvrages de mathématique rares et des incunables.
La bibliothèque, actuellement vide, si ce ne sont des ouvrages religieux avec des enluminures et partitions (en clé d’ut, ndlr), les plus anciens livres et codex se trouvant dans la salle du fond, conservés dans des conditions d’hygrométrie strictes,

- Voilà. La visite est terminée (sous les applaudissements discrets de votre serviteur). Vous pourrez la continuer en revenant aux réfectoires et au chapitre. 

Tout cela est bien beau, gentille Sylvia, mais je n’ai rien compris à vos explications sur la Madone des ombres. Oui, pourquoi « des ombres » ?

Texte que j’offre à Sylvia, en remerciement. J’atteste, ici, que j’ai retranscrit le discours de Sylvia, ni plus, ni moins, et dans la forme, et dans le fond, et dans le français qu’elle maîtrise parfaitement. Et si je mens, que j’aille en enfer.

Gilles PATRICE-KHIAL, ce mercredi 4 octobre 2015.
PS de René BOUSCHET : l'église de San Marco ne fait malheureusement pas partie du Musée. Dommage. Le Français curieux qui aimerait rencontrer Sylvia ne se perdra pas s'il se glisse par la petite porte, à droite de l'église. A midi tapant.

La Florence de David.


le David d'Anne-Marie.

Je racontais ma Florence à Anne-Marie et, à mon : - si tu savais les florentines, Anne ! je reçu en retour :
- Mais les italiens, aussi, sont beaux. D’une beauté que seule une femme peut apprécier.
- Tiens, donc, Anna, l'Italie, tu connais ? Et, mon amie de 81 ans passés me raconte sa licence d’italien, ses nombreux voyages d’étude, son correspondant…

- Florence, j’y étais avec Monique, à nos 20 ans en 1954. Comme le temps passe... Mon correspondant travaillait à la poste. Charmeur et beau parleur comme seuls savent l’être les italiens, avec ce malheur d'être né sicilien, sombre, faiseur d’histoires, noirci de soleil, le crin assorti à la peau, petit et tout râblé. Un tonneau, à ton image, tout aussi adorable et qui ne doutait de rien !

- Et moins intelligent que toi ? Si on veut, mais aussi excité, quoique adorable, et d'un pénible et que Monique, qui eut le malheur d’accepter l’invitation d’un soir, endurera toute une séance de cinéma.

- Tu insinues donc que tous les italiens seraient dragueurs, lourdauds, pénibles…
- Non. Toi, tu t’amuses, moi je raconte. Et me voilà dans le cloître de Santa Croce, en 1954, je m'en souviens comme si c'était hier, dans ce coin, près de la statue du roi Victor Emmanuel, dans l’ombre, ce me semble quand, toute retournée j’aperçois un jeune homme, et que lui avec des cheveux longs bouclés, un nez à la grecque, habillé divinement qui s’avance vers nous pour tourner à angle droit en direction de la sortie...
- Mon Dieu, mon Dieu, me disais-je, c'est David, c'est le David de Michel Ange descendu de son piédestal. Une de ces beautés. Tu ne peux pas savoir !... ah si, tu connais. Puis, il nous a dépassées, hiératique, sans un regard et je me suis retournée pour le suivre des yeux, chose qu’une rosière ne faisait pas à l’époque…

- Non, Anne-Marie, aucune femme ne se retourne au passage d’un homme, même à nos jours, 60 ans plus tard, que je te rassure. Çà fait...
- Je le sais, mais si tu avais vu cette démarche, ce dos, et ces fesses et cette crinière brune roussie au soleil. Une apparition divine. Tu comprends ?
- Je comprends, mais enfin, Anne-Marie, il y a des oreilles chastes dans ta maison, parce que le David de Michel Ange s’expose dévêtu, et cette apparition, ton imagination, ton désir, mais, c'est énorme. Et de la nudité en toute cette affaire, qu'en dis-tu ?

- C’est vrai que, honteuse, surprise et ravie, je ne me croyais pas capable de me retourner ainsi sur la beauté d’un homme. Monique, ça l’a fait pouffer de rire dans ses mains, tu penses bien et je crois que j’en rougis encore à ce jour.
- Non, Anne-Marie, tu ne te seras retournée que sur un désir à combler, ne serait-ce que par la beauté des hommes chargée de ravir de plaisir les femmes. Tous les hommes d'église te le diront, et pas qu'à Florence.

Et, effectivement, 60 ans plus tard, en me racontant cette enluminure de sa vie, Anna-Maria rougissait encore comme la gamine qu’elle était demeurée. Connaissant ma bonne amie, si son David prenait l'envie de passer ici, même dans son petit supermarché du Vigan, crinière au vent pour rappeler le courage qu’il déploya lorsqu’il combattit le lion, parions que, même hors de Florence, Anne-Marie se retournerait pour ressentir encore et toujours ce doux plaisir de rougir à son désir de femme.
M'enfin, Anne-marie, à 81 ans révolus, cela ne t'a pas encore passé ?

Eh, non, pas encore ! Quant à Danielle, notre docte française en ces choses de l'art pictural, c’est au cloître de San-Marco le 29 octobre 2015 qu’elle reçut, et accepta l’apparition de son David à la chevelure noire, longue et bouclée, nez droit, sans nul doute le même que celui d’Anna-Maria qui avait traversé, indemne, le temps et qu’elle ne cessait de suivre du regard, à trop vouloir l'interpeller pour l'intéresser.
Dommage que, pour notre Danielle, si française, son David, si italien demeura, le temps de la visite du cloître de San Marco, si attentionné à Jonathan, son doux compagnon, et ne fit aucun cas d'elle.

A Florence, à moi aussi, la jalousie me prit. Aussi, j’observais sous tous ses angles ce bellâtre de David, cette foutue statue qui me faisait une concurrence déloyale. Puis, je souris car, si le sculpteur avait tout reproduit à l’échelle, le sexe de David apparaissait, en toute sa splendeur, bien rikiki et, si les florentines de la Renaissance n'en avaient fait cas, pourquoi ce petit rien ne me consolerait-il pas ?

Dis, Anna-Maria, je crois que la beauté gracieuse de David, sa crinière et son nez grec, la finesse de ses traits nous rappellent qu'il n'est point besoin de virilité pour terrasser un lion. Le courage suffit, et dans ce domaine, les hommes sont parfois des femmes qui, elles, sont toujours des lionnes.

Voilà qu'il était une fois David, second roi d'Israël, un homosexuel au courage si viril, qui aimait d'amour Jonathan. Un sculpteur italien mit un nez grec à un juif, ce qui serait osé de le dire mais pas de le faire. Soit. Alors, taisons-nous.
Maintenant, rêvons un peu : si le mariage pour tous avait existé il y a 3.000 ans, ne pensez-vous pas, Messeigneurs de l'Eglise catholique que David et Jonathan auraient convolé en justes noces avec la bénédiction du prophète Nathan ? Et pourtant, à l'époque, les sodomites étaient suppliciés et voués aux gémonies.

Affirmons, ici, qu'une instruction religieuse bien menée conduit à la tolérance, ce que tous intégristes redoutent. Aussi, ils voudront bien prendre leçon par chez-nous. 
Et à mes frères en Christ, avec un peu de courage vous finirez bien par aimer l'Homme, la création de Dieu, comme celle de Michel Ange, ce David si viril et si efféminé.

Correctif apporté ce 10 novembre par Anne-Marie : "Cher Gilles. Tout d'abord, précise bien que mon correspondant travaillait dans les chemins de fer italiens et non à la Poste. Cela a son importance. Ensuite on l'appelait Pipo... enfin, ses amis. Je n'ai jamais su le pourquoi de ce surnom.
"Ensuite, mon David, je n'ai pas fait que le suivre du regard. Je lui ai emboîté le pas, ce qui me choqua grandement. Je me disais:
-Mais, tu es en train de le poursuivre !
"Pour rappel, tu as oublié de faire mention de la carte postale que Pipo m'envoya un jour en France qui représentait des ânes siciliens. C'était si chou !
"A part ces quelques oublis, tout est conforme dans ton écrit à ma mémoire. 
"Amitiés, ton Anne."

Merci, Anne-Marie pour ces précisions, mais, entre-nous, cela amène quoi de mieux au récit ? Un petit plus ? Ah, oui ! Un accent de sincérité, soit, et rien de transcendant, n'est-il pas ?
Mais, pourquoi pas ?

lundi 2 novembre 2015

Voyage à Florence 2015.


À Sylvia, du Couvent de San-Marco et à Maddalena, de la Basilique de Santa-Croce, nos guides qui nous firent mieux aimer Florence, la belle d'entre les belles. Et, je n'oublierai pas Danielle, mon gentil guide français, si amoureuse. 
De Gilles, votre gentil guide de Florence. 27-31 octobre 1975.

Ici vous verrez la beauté de Florence chantée par Maddalena et Sylvia, toutes deux florentines* et gardiennes de musées qui partageront avec nous leur amour de la cité et qui, lorsque nous oserons un timide applaudissement, nous remercieront d’un regard baissé, tout d’émotion contenu.

*Florentines... toutes les deux ? Ma, si non e vero, e ben trovato. No ?

C’est à Florence et sur l’Arno que je suis revenu ce 27 octobre 2015, pour 4 nuitées. Il m’en aura fallu des années pour comprendre pourquoi j’ai toujours poursuivi la beauté de mes assiduités. Et tant aimé Florence.
Je m’exprime bien mal ? Qui m'en voudra car, à dire vrai, j’ai toujours espéré la beauté plus que la renommée, la puissance, la gloire. Ou la richesse. Et même, l’amour. Alors, à bien parler de tout ce qui actionne l'humanité...

... à l'impossible, suis-je tenu ? Mais comment vous dire Florence, ce monument d'histoire de la chrétienté et des arts, cette cité souveraine depuis la paix de Constance (1183), première capitale du Royaume d’Italie (1865-70) ? Et pourquoi s’y attacher à la décrire, et comme si cela se pouvait ? Parce que vous vous trouvez dans la plus belle ville du monde que Napoléon avait voulue française et qui devient, le 25 mai 1808, chef-lieu d'un de nos départements, l'Arno ? 

On ne peut décrire ? Alors, pourquoi ne pas simplement admirer la cité du Belvédère ou de la Citadelle se mirant dans ses eaux, les lumières du Ponte Vecchio s'y reflétant à la nuit ? Vous aimez alors Florence, aussi vous comprenez les Médicis et l’Empereur Napoléon qui voulurent se la marier. Même si c’était de force. Et pourquoi non ?

Je n’ai jamais su pourquoi les femmes de ma vie ont toutes voulu me faire découvrir Florence. En 1973, en voyage de noce à mes 28 ans, Florence la ville en ses merveilles se relevait lentement, grâce à la solidarité internationale et aux « anges de la boue », de la grande crue du 6 novembre 1966 qui avait noyé et ravagé tout le quartier de Santa Croce, et alentours.
Mes femmes, enfin, si je peux dire, toutes mes amoureuses auront eu un rapport bien singulier à Florence, à l’art, à l’écriture, à la parole, à la beauté, et aux couleurs. Et aux nuances de la vie. Pourquoi étaient-elles ainsi, et est-ce si important de le savoir ?

1973, entre Natale et Capodanno, peu de touristes américains ou français dans les hôtels, les restaurants et les rues de Florence. Et moins de musées ouverts. Une police omniprésente près des lieux de vie et d’affaires. Gênante, même. Que des européens, les touristes ne se bousculant pas dans une Florence toujours aussi belle et il me reste encore, caché au creux des souvenirs, la splendeur des marbres noirs et blancs de la Cathédrale Santa-Maria del Fiore et son Duomo, le baptistère de Saint-Jean, sorte de grande verrue sur la place, le Ponte Vecchio, et toute la douceur de l'huile d'olive toscane.

La vie était calme, en nos années 1970 puis, 42 ans plus tard, tout me semblait toujours aussi agréable. Dans mon souvenir, rien ne manquait, de la Cathédrale, du Parvis de Santa Maria Novella, le David, Michel Ange en son tombeau, des places, des fontaines des palais, mais j’avoue que je regrette les mauvais conducteurs italiens et leurs klaxons. Et, pourtant…

Pourtant tout était chamboulé : le centre ville devenait piétonnier et tout alentour le stationnement et la circulation réglementés, choses qui, une fois bien intégrées avec ses « garages de stationnement », font de la ville une des moins polluée que j’ai eues à connaître, sans cette lèpre qui ronge la pierre des bâtiments. Quant aux vélos qui vous surprennent toujours dans le dos, ces kranks* sans lumière le soir, même les retraités s’y étaient mis aussi. Pas besoin de sonnettes : on les entend venir de loin, nos vélos !

*Souvenir de ma jeunesse, le Krank est ce vieux clou sans dérailleur qui, à chaque tour de pédale gémit : « krank, krank ! »…

Oui, mais tout évoluait pourtant : le quartier du Duomo avait changé de « propriétaires » avec ses petits restau ou selfs indiens, pakistanais, chinois, et les échoppes provisoires de souvenirs, de cuirs, de vêtements et de babioles maintenant tenues sur les marchés et les rues par des asiatiques et des africains, les émigrés noirs tentant de survivre par de petits boulots ou en vendant des « conneries » sur les places et dans les rues.

À Florence, la vie avait pris son parti d’intégrer toutes ses communautés, la police se faisant bon enfant et plus discrète qu’en 1973, les émigrés n’étant plus des « vendeurs à la sauvette » ne se font pas poursuivre comme par chez-nous, en France, pays plus civilisé s'il en fut. En contrepartie, les marchands des trottoirs n’importunent pas le chaland.

Et Florence, la retraitée redevenait una bella ragazza déambulant dans ses rues avec les plus belles jeunes femmes du monde, les mieux habillées, tels les joyaux del Duomo, majestueuses, en florentines qui se respectent.
Et Florence, à vous ravir et qui ne cesse de bouger, et de jour, et de nuit, en toute sécurité pour tous.

Oh, j’allais oublier : j’ai cherché les soutanes et n’en ai trouvé que fort peu à Florence, si ce ne sont un moine que Danielle, mon guide aurait bien fourré sous sa couette, (à ses dires concupiscents, et pourquoi pas), plus un vieux curé et deux bonnes sœurs.

Peu d’hommes de Dieu, bien peu pour une ville aux cent églises, chapelles, couvents et autres bondieuseries. Mais, où pourrait donc bien se cacher en ces lieux de perdition le péché et où trouver la rédemption sa compagne, et c’est ici que les lettrés reconnaîtront le parpaillot qui cause en s’exprimant mal, mais qui dit bien ce qu’il pense.

Et voila maintenant nos anges-gardiens de l’immense basilique de Santa-Croce près de l’Arno, Maddalena avec ses bénédictins et Fermi puis, plus loin que le Duomo, Sylvia, ses dominicains et Fra Angélico du couvent de San-Marco. 
Oh, j’oubliais la Santa Maria Novella de mon souvenir de 1973, les Palais, les Jardins, et les musées dont le Uffizi de 2015.
 
Mais, comme le disait si bien Danielle : on ne part jamais tout à fait de Florence car on y laisse toujours un peu son cœur. 

À suivre : La Florence de David.