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samedi 13 juillet 2013

C'est Beau Paris. Interview*!


Ndlr : L’entretien prévu entre l’Auteur de "C’est beau Paris" devait se tenir en nos Cévennes. Celui-ci n’ayant pu se déplacer, et Gilou refusant de sortir de son pays viganais-suménois, René BOUSCHET a bien voulu accepter d’aller en Belgique interviewer Patrick P.

L’entretien se  déroule dans un petit café de la vieille ville de… en Belgique, où Patrick P. nous a donné rendez-vous. Tout de suite, disons que j’ai été très agréablement surpris : j’étais en retard et Patrick m’a accueilli comme si de rien n’était. Dès l’abord, le Monsieur vous met à l’aise :
-Voulez-vous que l’on se tutoie ? Cela facilitera l’entretien.
-Je vous en prie.
Patrick P. refuse toujours que l’on donne son nom. Pour la simple raison que l’écrit qu’il a commis (ses propres mots) est œuvre de jeunesse. Une amusette. Sans plus.

-C’est Beau Paris ! Est-ce une histoire réelle ou pure œuvre d’imagination ?
-Je n’ai fait que changer les noms car certains des protagonistes sont toujours vivants. Je ne me suis amusé qu’à grossir certains traits, comme celui du bistrot ivrogne, un ami à mon père. Il faut encore savoir que j’ai montré cet écrit à tous les protagonistes de l’histoire et que cela les a beaucoup amusés. Sauf en ce qui concerne le Docteur Camels, décédé depuis longtemps. Et sa sœur que je n’ai pu retrouver.
Au fait, le voyage à la Réunion de Rolando et Christine à été offert par ce couple que je décris au restaurant et qui s’en va à la Centrale de Melun. Et ils ont bien gagné au Loto. Vrai de vrai.

-Pourquoi n’as-tu pas montré la beauté de Paris ? On la cherche dans ton écrit. Et on ne trouve que des noms de stations de bus, des noms de rues et leurs mensurations… pourquoi ?
-Bonne question. Je trouve que le nom des rues est tellement beau qu’il n’y a pas besoin de les enjoliver par quelque description qui aurait alourdi le texte.

-Tu fais mourir Isabelle et Conrad vers l’âge de 100 ans. Pourquoi, de 1968 à 1997 n’avoir pas continué le récit. Et pourquoi avoir achevé Parfait le 27 juin 1997 ?
-Disons que Conrad, à son retour d’Indo est devenu pote avec mon père. Ils étaient tous deux ouvriers et se sont rencontrés au bistrot. Et comme tu connais mon père, il est très liant. Donc, je te disais que la vie de Conrad, je l’ai connue par papa : un peu l’Indo, le travail d’ouvrier, le bistrot… D’abord. Et puis, Conrad, je l’ai toujours appelé tonton, depuis tout petit.

-La, tu me racontes d’où vient l’histoire : de ton père. C’est exact ? Mais, mais de 1968 à...
-Je connaissais tonton Conrad. Mais je ne savais rien de l’histoire de Parfait. Rien. Mon père, non plus ne connaissait rien. C’est en allant pécher dans la Seine que j’ai rencontré Lucien, le clodo qui m’a raconté une histoire à dormir debout. C'était l’histoire de Parfait : sa naissance, la déchéance du Docteur, le quasi-meurtre de la mère de Parfait, l’Indo. Pourtant, je n’avais pas fait le rapprochement avec Conrad.

-Ce rapprochement, à quel moment ? Tu peux nous dire ?
-Un soir, en 1970 ce me semble. Conrad et Isabelle dinaient à la maison. Et je me souviens avoir raconté que je connaissais un poivrot se disant médecin, Lucien. Mais que ça m’étonnait, vu qu’il était plus doué à la pêche et à biberonner. J’ai gardé l’histoire de Lucien pour moi. Par contre, ce qui m’a fait tiquer c’est que Conrad tentait de me tirer les vers du nez, du genre : « ce type, il est connu. Paraît qu’il raconte plein de conneries ! Docteur, tu parles ! »… 
C’est là que j’ai su que Lucien me racontait l’histoire de Conrad, sans compter que tata Isabelle disait toujours à son homme : « Parfait, mon Chéri !» à propos de tout et de rien.

-Donc, tu n’as que la naissance de Parfait et l’Indochine. Il te manquait le reste.
-Oh, pour le reste, j’y suis allé franco avec tonton Conrad. Et il m’a tout raconté…
-Mais l’empoisonnement de sa mère… Tu dis quoi ?
-Quel meurtre ? La mort de sa mère a été mise sur le compte de la suffocation. C’est tout !
-Tu arrêtes ton récit en 1968. Pourquoi ?
-A partir du mariage de Parfait et d’Isabelle, le couple sera absent de longues années. Et je n’ai commencé à écrire l’histoire qu'en 96, même si, de temps à autres, papa recevait des cartes postales d’Afrique avec de très beaux timbres que je les collectionnais, surtout ceux des anciennes colonies, plus ceux de la Libération, et Conrad le savait.
Pour répondre à ta question, René, je n’ai jamais su réellement pour l'Afrique mais, pour le Rainbow Warrior coulé en 1985… c’est bien ça, non ? coulé par nos services secrets à Oakland, eh bien, Conrad a dit à papa que c’était sans aucun doute l’action des nageurs de combats. Il a même donné les initiales du Commandant Maffart.

-Tu penses que Conrad et l’Afrique, et ses talents de légionnaire auraient pu intéresser quelque Service ?
-Je n’en sais rien. Mais Conrad et Isabelle ne parlent pas beaucoup. Sauf pour dire qu’ils étaient coopérants dans des projets concernant l’agriculture, le reboisement, la mise en eau de vastes territoires semi-désertiques. Attends… un jour, j’ai montré à tonton Conrad une photo d’affreux avec Bob DENARD. Un type barbu, appuyé sur une canne lui ressemblait.
-C’est pas toi, ici, tonton? Sa réponse a été :
-Ben oui… on dirait. Mais, ce n’est pas moi. Tu vois, il est trop grand. 
Mais, je n’en étais pas convaincu et nous en avons discuté avec mon père qui trouvait la ressemblance frappante. Surtout pour la canne. C’était la sienne. Un modèle spécial. Mais on n’en a plus parlé.

-Tu n’aimerais pas faire la suite ?
-De : C’est Beau Paris ? Tu sais que je vis en Belgique. Et pourquoi pas : « C’est Beau Bruxelles ! » avec Parfait au Congo. Oui, l’ex-Congo belge ? Ce serait marrant. C’est à voir… Oui, Conrad avec son FAL, organise son petit groupe de combat d’affreux jojos, son Isabelle à ses côté, armée de son GP 35. Oui… c’est une idée. Mais, non. Non. C’est une histoire terminée, excuse !

-Penses-tu nous apporter un autre manuscrit ? Après une Storia Importante !
-J’ai bien quelque petits écrits, des nouvelles. Je les laisse à mes héritiers qui verront. Concernant « una Storia Importante », l’écrit est de mon Père Rolando PANEZI (son nom d’auteur). Je n’ai fait que corriger les fautes. Comme tu n’es pas sans savoir, papa a des dons pour raconter les choses. C’est une des raisons de son amitié avec Gilles. Il est certain que si mon père avait pu bénéficier d’une scolarité épanouie, il aurait été écrivain. J’en suis convaincu.
Donc je n’ai fait que corriger les fautes d’orthographe. C’est tout.

-Rolando dit que tu es co-auteur…
-Non. Mon père est gentil. L’écrit est bien de sa main. Que de sa main.
-Dernière question : Pourquoi seulement 17 épisodes de c’est Beau Paris ?
-Bonne question. Que j’ai posée à Gilou. Il a toujours eu des problèmes avec les intervalles. 20 épisodes auraient été mieux. Comme les 20 arrondissements de Paris.

Et si tu nous faisais les trois derniers « arrondissements », pour le fun ?
-Et si... Mais, non. Dans tout écrit, il faut laisser « l’échappement » final au lecteur. Evidemment que, si par le blog, tu avais des retours, des demandes, ce serait à voir. Merci, René. Et donne le bonjour à Rolando et Gilou.

Amitiés de Bruxelles-xelles ce mercredi 10 juillet 2013.

 PCC : René BOUSCHET.
                             
Ndlr : texto de Patrick P. l'auteur de C'est Beau Paris ! reçu ce 13.07 qui s'étonne que René ait "oublié"ses remerciements concernant les illustration du texte. Nous demande d'ajouter.
 

samedi 6 juillet 2013

C'est Beau Paris ! - 17. The end


Premier mai deux mille trente quatre, huit heures du mat. La planète des fous est en échec.

Le jour se lève sur la petite campagne, laissant apparaître une brume légère et blanche sur le tapis épais et vert de l’unique prairie de l’hexagone. Une succession de sons musicaux, provenant des bosquets alentour et diffusée par des oiseaux robots programmés par le dernier garde champêtre, produit une éclatante gaité à cette heure verdoyante et rare. Le chant synthétique d’un coq de basse cour, venant des flancs de Sainte Ethique, la haute tour de la ville qui entoure les champs d’Etat, redonne le moral à ses habitants.

Des bruits d’explosion et de foule hurlante font sursauter Isabelle et Conrad. C’est le radio réveil qui retransmet en direct le conflit israélo-palestinien qui s’endurcit de décennie en décennie.

Les vieux Laugier habitent dans la proche banlieue parisienne, à Arcy sur Cure, dans l’arrondissement d’Auxerre, le quartier résidentiel de la capitale, a vingt kilomètres d’Avalon, ancien village connu pour ses grottes qui ont livré d’importants vestiges d’industries préhistoriques et des restes de squelettes humains.
Le couple loge au quarante huitième étage d’un immeuble de grand standing, dans un studio de deux cent soixante huit mètres carrés qu’il a fait compartimenter en quatre grandes pièces égales pour user confortablement leurs loisirs et les quelques jours de repos mensuels.

L’appartement se compose d’une grande cuisine équipée d’un robot laveur de vaisselle, d’un robot débarrasseur de table, etc…, d’une grande salle de bain équipée elle aussi de robots, celui du brossage des dents (je devrais dire, des dentiers), il y a aussi celui qui gère le système de douches automatiques et le système de séchage des corps… Qu’y a-t-il ensuite? Eh bien…

Eh bien... Il y a une grande chambre avec un grand lit équipé d’un matelas hydraulique à système automatique de déplacement électromagnétique à commande vocale, pure merveille et, pour finir, un salon meublé de deux grands canapés huit places recouverts, sur le dessus, de peaux de lézards morts et, sur le côté, de crocodiles vivants. Ajoutez y… Ah, oui!
Ah, oui... Une grande table basse en marbre de Carrare, sculptée, repose timidement au centre de ces deux répugnants reposoirs reptiliens. Dans le coin, en évidence, voyez ce bureau en chienne empaillée jaunie de style non voyant.

La vie dans cet appartement est idyllique et hydraulique.

Tous les matins ils se lèvent et, assis sur des fauteuils spécialement équipés et confortables reliés à un rail qui les emmène vers l’ascenseur de leur immeuble (qui ne tombe jamais en panne) qui les largue dans une bulle de verre en bas de l’immeuble. Celle-ci, entraînée par l’inertie d’un tapis roulant les dirige sur les lieux de leur travail, au H.G.E.N. haut gouvernement pour les énergies nouvelles, dans la capitale, où ils sont tous deux chefs d’invention des produits énergétiques.

Au H.G.E.N. les Laugier ont enfin trouvé le procédé pour garder une chaleur identique toute l’année malgré les grands réchauffements d’été et les grands froids d’hivers, grâce à une technique très simple, avec des bâtiments tous construits de la même façon et les toits doublés et isolés. Un gaz toxique, fabriqué à base de matière fécale humaine (désolé… la race animale ayant disparu totalement pour des raisons qui nous échappent, il fallait bien trouver quelque chose pour remplacer! Les gens sont atteints d’égoïstivité* ne se parlent plus, ne se sourient plus. Pire, certains ne se regardent plus et ne vivent que pour leur seule personne)… je disais donc que les excréments humains et des restants de pepsi cola des années quatre vingt dix formant un gaz qui circule entre les deux parois de l’habitation, donnent une température constante de vingt deux degrés toute l’année et fournit l’énergie électrique en permanence.
*L’égostivité est une maladie nouvelle, contractée au début du troisième millénaire. Les symptômes se traduisent par une poussée permanente d’individualisme aigu, sans possibilité de retour à la normale avant quelques siècles et qui entraînera, sans doute, l’anéantissement radical de l’espèce humaine…

Même, même… pendant leurs rares temps de loisirs, est ce Conrad ou Isabelle… sans nul doute  c’est Isabelle qui a trouvé comment transcrire les pensées des sourds et muets qui produisent un code personnel en opérant une séparation satisfaisante des fréquences des ondes cutanées, en leur injectant un produit par piqûre dans leurs culs tannés.
Cette fois, il semble que ce sera Conrad qui se penchera très sérieusement sur le cas des rêves des aveugles.

Sachez que le voyage en direction de leur lieu de travail ne dure qu’une petite heure et, pendant ce laps de temps, ils peuvent faire leur toilette, prendre un petit déjeuner, et plein d’autres choses. Ce transport en commun qui leur procure tout, pour un confort harmonieux, est conçu et fabriqué par l’unique marque automobile européenne qui ne construit plus de voitures depuis la grande pollution du début du vingt et unième siècle.

Ce jour du 1er Mai, connu pour la «Fête du Travail» est devenu: «Faites du travail» réservé exclusivement aux sexagénaires et plus, car les jeunes de moins de soixante ans sont interdits d’emplois rémunérés uniquement dans le but de s’occuper de leurs progénitures. Et lorsqu’ils seront âgés, les enfants garderont leurs vieux pour que ceux-ci aillent gagner la pitance des petits de moins de soixante ans. Suis je bien clair? Donc, je disais que les vieux… pour que les moins de soixante ans…

Les plus débrouillards, à la place de leur moquette, tapissent le sol de leur appartement de terre végétale en vue de faire pousser des légumes ensoleillés par une rampe de bronzage de deux mille watts. Pour humidifier le potager, ces cultivateurs rudimentaires chauffent à l’aide de papier en feu les détecteurs d'incendie pour que les pommes d’arrosage aspergent leurs plantations, et après quelques mois, ils ramassent leurs futurs repas.
Quant aux plus drolatiques, il paraîtrait même qu’ils fument leur plantation. Non, non. Pas avec de l’engrais, interdit. Ni avec les matières fécales toutes récupérées pour chauffer l’habitation. Non, non. Fumer en cigarettes roulées. Allumées, comme eux. Est-ce bien raisonnable? Autres temps, autres lieux, autres mœurs!

Nos deux amoureux centenaires n’ont pas eu l’obligation d’avoir des enfants car leurs emplois d’élite, dû à leurs inventions leurs donnent droit à ne pas procréer. Leur position particulièrement élevée les protège de cette charge prolétarienne.

Le vieux couple coula des jours heureux jusqu’au jour où, dans un élan de tendresse irrépressible, Conrad enlaça fortement Isabelle qui était fortement enrhumée, lui donna un baiser langoureux et sincère arrêtant l’oxygénation des petits et vieux poumons de la très vieille dame durant plusieurs minutes, ce qui amena cette dernière (qui fut la première et la dernière pour Conrad) à laisser son esprit rejoindre lentement les quelques personnes qu’elle avait rencontrées durant sa longue existence et qui avaient abandonné leurs enveloppes charnelles, pour se réincarner dans le corps d’une femme, d’un homme, dans quelque tabouret de jardin, ou dans bien d’autres choses. Ou en nain de jardin. Comme son père.
Terrorisé par ce qu’il venait de commettre, Parfait oublia de respirer et s’en alla rejoindre sa dulcinée.

Né un jour où il faisait nuit et par grand tapage, il arriva enfin à l’éclipse de sa vie, mort comme il était né… et par inadvertance, dans un long silence.
Mais, quoiqu’il en soit, Parfait et Isabelle retrouvèrent l’Oiseau Bonheur et purent le suivre au loin, là bas…

Note de l’auteur en fin du manuscrit: Parfait a été achevé le 27 juin 1997. Pat. P.

samedi 29 juin 2013

C'est Beau Paris ! - 16


Parfait et l'Oiseau Bonheur !
Il aperçut deux enfants d’une dizaine d’années, à côté d’une 2CV renversée. Le plus jeune pleurait, envahi de pleur, le plus grand n’était pas plus fier. Les yeux rêveurs du cauchemardeux commençaient à le piquer. Les gaz lui troublaient la vue, lui qui était déjà en état d’inquiétude, quand tout à coup, il sentit une main pourvue de cinq doigts et dépourvue de poils, se poser sur son épaule.
Il suivit du regard le bras qui était attaché à cette main, et arriva sur un visage qui était celui d’Isabelle, sa petite amie d’enfance et qui avait bien mûri. Elle était encore plus belle que quand elle l’avait quitté. Sa capeline avait laissé placé à un béret noir, genre Che Guevara. Sa robe à fleurs s’était transformée en tenue kaki, comme chez les paras. Ses petites espadrilles étaient devenues des Pataugas, cool chez les babas. Ses jolis yeux verts et rouges étaient cachés par des lunettes à la Lennon.
Le jour de leur séparation, elle avait été casse couilles, avec l’âge, elle était devenue presbyte.

Leur rencontre les rendait seuls au monde, ne s’apercevant pas de la cohue qu’il y avait autour d’eux. Ils n’entendirent pas les explosions des voitures en feu qui les entouraient.
Conrad proposa à Isabelle de se rendre au bar de Gaston, pour aller boire un verre et discuter un peu, se rappeler leurs souvenirs d’enfance et d’autres moments passés l’un et l’autre.

Arrivés dans l’ancienne demeure du bienheureux, le vieux pépère était toujours derrière son comptoir et cherchait son dentier qu’il avait égaré la veille au soir dans une beuverie sans nom. Il postillonnait, tel un lave glace de voiture, se léchant allègrement le dessous du nez avec sa lèvre inférieure.

- Je fuis content de te voir mon fer Conrad, crachota le vieil édenté. Vous allez resfter manver avec nous.
- Oui, avec plaisir, répondit Conrad s’éloignant de quelques pas de crainte de se faire mouiller par les éclaboussures alcoolisées. Je te présente une vieille amie : Isabelle.

- Oh, qu’est-ce qu’elle est belle s’exclama le vieux vicieux, la regardant des pieds à la tête, s’arrêtant un court moment au dessous du niveau de la ceinture, et un autre au rayon pare chocs. Ve fuis vraiment content de vous voir.

Ils allèrent s’asseoir dans la salle tranquille à côté du restaurant. Elle lui parla d’elle, il lui parla de lui, ils finirent par se parler tout simplement d’eux.
Quand elle était adolescente, elle voulait jouer dans un ballet à Bali. Plus tard elle se retrouva à jouer du balai à Bally, un petit village en Seine et Marne, où elle était femme de chambre dans un petit hôtel de passes d’une rue passante.

Ils se regardèrent, œil contre œil, nez contre nez, bouche contre bouche… quand tout à coup, le tintement d’une cuillère à soupe vide contre une bouteille de vin pleine, les fit sursauter.

- Le déjeuner est servi criait Véronique, la femme de Gaston, À table !!!
Ils avaient faim de leur amour, faim de leurs atours, mais enfin il fallait bien qu’ils se nourrissent.

Dans la salle du restaurant les attendaient leurs couverts sur une nappe de lino à fleurs. Étaient assis autour de la table les restaurateurs, le belle et la bête, la femme en noir accompagnée d’un homme en blanc habillé d’un costume croisé, de chaussures noires et blanches et d’un borsalino.
Il y avait aussi la femme du routier sympa, accompagnée d’un travesti, sympa lui aussi.

Monsieur et Madame Trumin, les jeunes retraités, étaient partis en stage, à la Centrale de Melun.

Le repas se passa dans la joie et la bonne humeur. Gaston s’écroula, ivre de sa boisson préférée, le mêlécasse. Sa tête tomba dans le plateau à dessert, anéantissant la tarte aux pommes de son visage flasque et baveux.

Il était seize heures et les deux tourtereaux s’éclipsaient pour aller dans l’appartement de Conrad, où ils passèrent tout l’après midi et toute la nuit, où ils assouvirent sans s’assoupir leur passion réciproque.

Il l’a aimé toue la nuit, son légionnaire, ils vont s’aimer toute la vie, comme l’écrit Baudelaire.

Quelques mois plus tard, ils se marièrent et vécurent heureux pendant plusieurs années.

samedi 22 juin 2013

C'est beau Paris ! - 15


Mil neuf cent soixante huit, dix heures vingt deux. Ce matin là, Conrad se réveillait. Il sortait à peine d’un cauchemar psychophysique, laissant apparaître la trace des contours accidentés du beau pays, qui est le sien sur des draps d’origine blanche métissée, agrémentés d’un parfum venu d’un endroit colonisé par des acariens psychopathes. Des bruits d’explosion et de foule hurlante se faisant entendre du dehors le firent sursauter. Une odeur de fumée qui venait de l’extérieur, passant par les carreaux cassés de la fenêtre, envahissait ses narines caverneuses qui ressemblaient étrangement à l’entrée d’Euro tunnel.

Les quatre murs qui l’entouraient étaient recouverts d’une vieille peinture blanche pisseuse. Son mobilier se résumait en un lit et tubes de fer ronds, de style inquiétant, d’une table en tubes d’inox carrés, de style pas plaisant, d’un fauteuil en tubes chromés et simili cuir vert, de style tout branlant.
Une pissotière de faïence accrochée au mur lui servait de coupe à fruits. L’éclairage était assuré par un lustre de style ampoule seule de quarante watts (l'unique Watt qui a fait des petits, né en 1736. Mécanicien & scientifique écossais… si, si. On pouvait. Mort en 1819). Le planché était tapissé de linoléum usagé qu’il avait récupéré chez Gaston, qui l’était, lui aussi. (le lino, revêtement inventé par Fredérick WALTON né en 1834, mort malheureusement en 1928 à partir d’huile de lin oxydée. Pas la mort. L'huile).

Il s’était retrouvé sans boulot, après avoir voulu rentrer la tête du Directeur de la boite de chaussures de qualité dans une boite à chaussure étiquetée, dans un élan de défense de ses droits de l’homme «liberté, égalité, faut pas faire chier…».

Il décida de se lever… une heure dix plus tard, convaincu qu’il fallait se mettre debout. Il souleva sa couverture quand, frappé de stupeur, il découvrit qu’il était habillé d’une veste de smoking unie rayée bleu et vert, d’une chemise vert pomme trop mûre, de chaussures de sécurité à talons aiguilles jaune mimosa.
Il n’avait aucun souvenir de ce qu’il avait fait la veille au soir. Son regard s'était fixé sur un vide absolu. Il ne ressemblait à rien et pourtant ce rien lui rassemblait des atouts.
Il se leva rapidement, enfila d’autres vêtements, plus courants pour sortir de son appartement d’un pas boitillant, mais énergique et dévala les deux marches de son rez de chaussée dans l’immeuble qu’il habitait, au numéro dix de la rue de l’Atlas dans le dix neuvième arrondissement (deux cent quatre vingt dix mètres de longueur et douze mètres de largeur, à l’emplacement d’une source d’eau minérale sulfatée et calcique, d’un débit de quatre vingt dix huit litres par minute, à la température de dix degrés, découverte en mil huit cent cinquante deux. La source est actuellement tarie).
Conrad avait acheté cet appartement, sis au dix rue de l’Atlas, en mil neuf cent soixante trois grâce à sa pension d’invalide de guerre qu’il avait perçue à l’époque.

Arrivé dans la rue, il suffoqua à la vue de son Solex (entreprise qui construira le Vélosolex, cyclomoteur créé par Mennesson en 1946) inanimé et couché sur le trottoir. Autour, gisaient les corps sans vie apparente de poubelles renversées, de voitures en flammes, de vitrines et magasins brisées.
Conrad sortit une cigarette de sa boite de pilules et se pencha pour l’allumer à la flamme d’un camion en feu. Et personne ne lui avait dit que la faim du monde engendrait la fin d’un monde.

Le boiteux continua dans la rue pleine d’encombres et arriva sur le boulevard de la Villette (mille huit cent mètres de long et quarante deux de large) où une foule de maghrébins excités marmonnaient des mots comme: «aux chiottes la Gaule» quelque chose comme ci, «à mort les juifs» et plein de choses comme çà, et les nord africains jetaient de pavés dans le vitrines des magasins de ces religieux adeptes des traditions judaïques, d'où les fanatiques de Mahomet les extirpaient de leurs succursales miteuses et mitoyennes au point de les rouer de coups.

Un cube de granit arriva aux pieds de Conrad. Il le ramassa et le lâcha aussitôt, lâchement, de peur de se faire tabasser par les Crétins Rondouillards Surexcités (en clair : C.R.S.) qui aspergeaient copieusement les révoltés manifestants.

Le trentenaire continua son chemin semé d’embûches à la recherche d’embauche. 
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Dans l'illumination de René: "Viens chez-moi, y a du feu!".