lundi 1 octobre 2012

Argument de bâton !*


Illustrations de René BOUSCHET (R&B).
 
Monsieur le Directeur, 

                                    j’ai l’honneur de vous saisir d’un petit problème qui envenime les rapports entre détenus et l’Administration pénitentiaire. Pour m’expliquer, rien de mieux qu’un bel et bon exemple.

Non, Mr le Directeur, les colis ne concernent pas les poireaux-vinaigrette moisis du samedi 29 septembre au soir, ni les carottes râpées olé-olé ! du dimanche midi. Des carottes que même ma chienne Noémie me renverrait à la figure ! Excusez les carottes et poireaux : je suis constipé.

Les colis, ou paquets d’objets, sont transmis par un expéditeur à un destinataire. Le colis voyage, donc. En l’espèce, par les airs pour atterrir à la cour A.
Auparavant, imaginez une catapulte puissante qui enverrait des pierres de l'extérieur de la prison (un cimetière contigu) vers l'intérieur, dans cette cour A. Voyez-vous ces engins de guerre du moyen-âge ? C'est de cela qu'il s'agit. Sauf que les colis ici, c'est du shit enrobant un galet. 

Ne sachant si vous êtes de la Pénitentiaire, je me permets de vous rappeler (ou vous apprendre) qu’un colis n’est qu’un gros galet sur lequel aura été fixé soit de la viande hallal (en période de Ramadan) quelques fois assaisonnée d’un bâton de shit, soit en période normale, d’un portable, d’une puce, d’un chargeur mais plus souvent, de shit uniquement !

Le shit, vous n’êtes pas sans le savoir est une substance qui… que… Bref, interdite !

Donc, samedi 1ère promenade du matin. Et, voilà t’y pas qu’un pousse au crime rompt le cycle naturel des choses pour que le dimanche, rebelote : 1ère du matin en inversion. Comme c’est ballot, vu que les colis plombent les dernières promenades au soir des samedis et dimanches. Vraiment ballot ! 

Plomber est le terme idoine. Quelqu’un se sera-t-il trompé dans le cycle naturel des promenades ? Dominique T. recevra un colis sur l’épaule. Je ne vous explique pas ! Prendre un coup de H en prison, lui qu'a failli tuer un gendarme avec sa petite hachette. Faut le faire.

Et donc, ce qui devait arriver arriva. La vigie murmura :
-Colis !
Et Monsieur Mounir a dû ramasser le colis anémique qui n’arrivait pas à destination pour le re-propulser vers la cour B des Animals. 
N’ayant rien vu (mais entendu un choc sur le goudron), sachant que les gardiens et Madame le Commandant (présente) ont interpellé et fait sortir le dit Mounir (56Kg tout mouillé, pas d’argent pour cantiner, proie idéale pour les animaux du 3°, les réceptionneurs), je me suis senti tout tristounet pour le pauvre Mounir !

… et Mounir, extrait de promenade sera certainement puni par un rapport, par le cachot ou autres gentillesses. N’en doutons pas !
Mais, dites-moi, mon cher Directeur, avec tout le respect que je dois à votre haute fonction :
-Les réceptionneurs du 3ème, ont-ils été punis ? Ou vus par les caméras ?
-Pourquoi ne pas placer les Animaux du 3ème étage dans la cour A ?
-Pourquoi avoir inversé les promenades ?

Mais encore, Monsieur le Directeur, tout colis envoyé de la Cour A à la Cour B signifie inéluctablement le retour du gros (souligné) galet de la Cour B à la Cour A sur tous les pauvres qui auront refusé de renvoyer le colis de la cour A à la Cour B. Suis-je clair ?

Pour ma part, (et vos caméras ne semblent pas le remarquer), les galets, à tuer un bœuf, sont pour ma pomme. Souvent. Parce que je leur ai dit, aux Animals de la 3, que les seuls colis que je renverrai seront ceux qui contiendront des préservatifs, vu qu’ils me disent tout bonnement qu’ils niquent ma mère, ma grand-mère, ma fille…
Evitons de propager le SIDA !

Voilà pourquoi je reçois des pierres et des litres et demi d’eau, avec la bouteille évidemment. Et qu’on me menace et, lorsque l'on me crache dessus, certain chef me dit :
-Allez vous nettoyer, PATRICE. 
Que c’est beau !
Et, hier, BOUGHIZAM (en berbère: l'Homme de merde !) m’a fait, du pouce, le signe de m’égorger.

Le colis, vous l’avez vu ! Ce signe, non ! Les caméras sont sélectives. Eh, oui ! Voilà pourquoi certains ont peur et renvoient les colis. Pauvre Mounir, pauvre de toi !

J’attends votre réponse et vos arguments. Et j’ai l’honneur, Monsieur le Directeur, de vous saluer.

Gilles PATRICE, le 1er octobre 2012.

PS : Et que vos arguments ne soient pas de bâton ! Pas même de shit ! (ARGUMENTUM BACULINUM). Quant à Bruce de la 107, le monter au 3ème étage alors que son codétenu le réveillait tous les jours à 4 heures du matin, BRAVO ! BRAVISSIMO ! Les emmerdeurs sont récompensés !

2ème PS : La BASTON des LEGIONNAIRES et des ARABES se finira au 3ème étage. BRAVO !

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A Estelle. En allant à la douche, ai rencontré très belle dame gardienne black. Vraiment très, très belle!
-Je vais essayer de me faire beau. Cela va être difficile.
-Mais, non, Monsieur PATRICE, mais non!
-Je vous remercie, Madame. Cà l’a fait sourire.

Revenant de la douche, mon tee-shirt avait trempé dans l’eau, je suis revenu avec la serviette sur les épaules!
-Excusez-moi, le tee-shirt est tombé !
-Exceptionnellement, ça passe, Monsieur PATRICE.
-Vive l’exception!
Ah, oui encore. Que j’aime ces discours et ces sourires!

dimanche 30 septembre 2012

SUSTINE ET ABSTINE à Ben.*


dessins de René BOUSCHET (R&B).
 
Salut, Ben. Excuse. Pas toujours le temps d’écrire. Pour ne pas oublier, salue Joël, mon frère Christian (qu’a un poil à la main pour écrire), Américo, Pascaline, le serveur Anthony des Cévennes, Rolando. Enfin, tous les copains.

Oui, je sais que vous avez besoin de votre âne Gilou et, comme disaient les romains : asinus asinum fricat (l’âne frotte l’âne).

Il est 14h15. Nous regardons la course moto. Tout va bien dans mon pays de misère. Sais-tu que, parfois, je compare notre prison à une 504 Pigeot partant pour le Maghreb : tu vois le tableau ? Non ?

Une 504 Peugeot, traînant le cul par terre, amortisseurs au talon, avec un baluchon énorme sur le pavillon. En surcharge de poids, genre sumo. La vieille voiture arrêtée sur l’aire de péage de l’autoroute, 4 gendarmes tentant d’expliquer au Directeur de la Prison (le Directeur, c’est un vieil arabe avec la chéchia qui parle mal français mais qui ti merde !) :

-Mais, Monsieur, je comprends que vous allez à Marseille. Mais oui, dans le bateau pas de problème de surcharge, je sais. Mais oui ! Vous ne pouviez laisser à la maison votre belle-mère, ni votre mère. D’accord. Mais, mais… 

...Mais vos dix enfants ? Bien sûr que vous ne pouviez pas. Et le frigo non plus ? Je comprends. Mais ! Et la cage des poules ! Bien sûr qu’elles aiment être à l’air libre...

...Mais, monsieur ? Et les 10 vélos accrochés au hayon, on ne voit même plus la plaque minéralogique. Non, non ! Même en remontant avec des tendeurs ! Même ! Et puis le poids : 3 tonnes. Ce n’est pas possible. Mais non : vous ne repartez pas !

Et la 504 Pigeot, l’est quand même repartie vers le bateau. Et elle te merde !

Tu vois : dans presque chaque cellule, un type dort par terre, et c’est moi, à 67 ans et 3 mois et 5 jours ! Si on pouvait nous presser comme des sardines, on le ferait. J'ti jure. Caillera en Zonzon ! Ouste ! Et cela crée des difficultés, des conflits, des haines.

Et le Dirlo, bonhomme, bon blédard, pour faire plaisir aux juges, il charge sa 504 Pigeot sans souci des gendarmes français et européens. La loi ? Rien à cirer. Comme nous. S’il arrive un pépin, qui sera responsable ? Personne ? Les détenus, alors ? Rapport s'el vous plis. (S'il vous plaît).

La bouffe : samedi ? Poireaux en salade moisis. Dimanche ? Carottes râpées idem. Cà fait chier. C.H.I.E.R. ! Ce qui devrait nous déconstiper, en nous offrant des fibres et des vitamines, nous fait vraiment chier.

S’il vous plaît, cher Vilain, vois Rolando le dimanche et amène le à la messe. Bessif. Faut qu’il trouve une bonne suceuse. Le temps passe (TEMPUS EDAX RERUM : le temps qui détruit tout) :
-Le plus il ne va pas à la messe, le moins il se fera faire une pipe. Logique, non

N’ayant rien à te dire (de plus), je t’envoie une gentille lettre que j’ai transmise à la permanence des surveillants. On s’étonne du peu de réaction et du manque de réponse des administratifs de la Zonzon. Pas de bancs publics !

Bisous à toute la famille, Gilles.
(1) Supporte et abstiens-toi (c’est pour toi).
 
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Dimanche. Récré au 2ème tour de l’après-midi. Le Poisson me menace toujours.
Promenade avec Aimé. Il m’a donné son adresse.

Ce matin, le gars qui s’est fait tabasser par deux mecs au 2ème puis par six en promenade et s’est fait casser deux côtes, a été transféré à la XXX avec Aimé et Christophe. Il veut changer son témoignage contre un peu de shit.
Cet après-midi, Aimé me dit que ce gros vilain lui a volé du tabac en remontant au 1er plus rapidement qu’eux de la promenade du matin.

Le Poisson, du pouce, m’a fait signe de m’égorger.

Un colis est tombé, miracle, en cour A. Mounir l’a renvoyé en cour B. Il a été interpellé par les gardiens et se tapera un rapport. Ce n’est pas bon. Il a déjà fait sept jours de mitard. Même Jérémie n’a plus de tabac. Il a été condamné à 2 fois 10 jours de cachot pour un krackos et deux téléphones portables. N’est pas venu en promenade. 

Le dimanche, jour des colis et le samedi, certains s’abstiennent de sortir pour ne pas être "tenus" de renvoyer les colis aux Animals.

On soufre du manque de tabac. Tout le monde crache. Dédé est particulièrement désagréable ce dimanche et s’engueule avec Eric (de mauvaise foi) pour l’utilisation du téléphone du couloir. Dédé se mêle de ce qui ne regarde que les surveillants. Mais, comme il n’aime pas Eric, alors… Ce soir Wyatt EARP. Ca être bon.

Ce jour, j’ai parlé à Christ. de ma mère et de B.... Et de ses histoires de cul. Demain, penser à écrire au Dirlo sur les colis de capotes anglaises. Pas normal que seul le 1er étage soit puni pour les colis.
30 sept. 2012

Je me remémore ce petit poème de Rolando P: 

 «La route des soleils» (Ed. P. 1945).

Vous, des autres planètes
Vous avez influé nos destins.
Ne sommes-nous que déchet ?
Oh, vous de ma force et de ma foi
Qu’avez-vous fait de nous,
Des soleils qui devaient éclairer
Nos pas chancelants d’enfant ?

Oh, vous qui savez
Que nos vies se brisent entre ces murs
Et barreaux, gardées, humiliées...
Oh-là ! les amis dites nous
Qui a déparé mes soleils
Couleur noir-prison
Pour briser mon amour !

Oh chantez-moi la route
En soleils toute inondée...
Chantez ma route destinée.

dimanche 16 septembre 2012

Cher Mouloud.*


Illustrations de René BOUSCHET (R&B).
 
Dim.16 SEPT. En-nîmé, je suis. 32 jours au jus.
Bonjour Claire, et bienvenue au Vigan, cher Mouloud,

                    ici, on ne fait rien, certains étant même payés à ne rien foutre. En Zonzon, on fabrique des fainéants. Professionnels.
Toutes les cellules (on doit dire : les résidences) sont triplées. Nous sommes 74 "élèves" par étage dans ce "pensionnat" de quatre étages, plus une quinzaine de nanas détenues.
Dans le Guinness des records français, notre taule de la capitale du Gard occupe la 2ème place des plus surpeuplées au niveau national. Tu me diras : 
-On s’en fout. 
OK! OK. Mais, sache que procs, juges et bêtise, couplés à la misère humaine et à la folie s’ingénient à remplir les prisons.

A quoi sert la Zonzon ? A vider la rue de sa racaille et, par transmutation alchimique, dont nos législateurs ont le secret, on transforme cette masse de délinquants en clochards. Tu me diras :

-Rachid, tu te fous de moi. Tu fais insulte à mon intelligence. Comment peux-tu croire que la Justice a en vue de clochardiser les délinquants ? Et, pour quoi faire ? Explique-toi, l’arbi !

A part de faire caguer les passants et de s’entre-tuer après s’être "ivrougnés" à mort, à quoi sert un clodo ? A te montrer l’exemple à ne pas suivre !

Que peut faire un clodo, et que revendique t’il ? Qu'u’une bouteille de rouge. Il n’est jamais délinquant, jamais car il n’est pas dé-localisable, étant à la « MERCY » de son entourage pour survivre. 
On le fiche et on le déplace à loisir. Il ne gêne pas la société, ne réclame aucun secours, si ce n’est une pièce. De HLM ? Non, de monnaie.

On fout donc en taule des gens intégrés, on les désintègre, on ne leur promet plus de protéger leur petit chez-soi, et basta.

-A la rue, connard. C’est la triple peine, Mouloud. Mais, tu me diras, justement :
-Mais, on s'en contrefout. 

Bon. Mon sergent, Raymond a toujours 82 ans. Il sort le 6 novembre. J’avais écrit à la Directrice de la Maison d’Arrêt pour qu’elle interpelle le Proc. Moi, je ne pouvais pas, étant en délicatesse avec lui. 

J'ai aussi demandé au Commandant de Gendarmerie du Vigan et au Responsable des Anciens combattants d'intervenir en espèrant que tous l’auront fait, ce qui nous permettrait de toujours croire en la bonté humaine. 

Enfin, j'espère qu’ils l’auront fait... pour eux.

On dit qu’un type qui entre en Zonzon devient plus que ce qu’il était dans le civil : plus con, plus méchant ou plus gentil. Mais pas plus, et j’y tiens et je le revendique, ce statut de gentil !

Donc, ce vieux sergent à un diabète important, des problèmes dentaires, de vue, ne sort jamais. Il avait fait l’Indo, décoré et tout. Merci la France ! Je suis content pour lui. Et pour moi !

Je connais quelqu’un qui était à Djibouti. Au service perso de Sarko. Tu as entendu parler du Juge BOREAL ? Non ? Renseigne-toi.


Aujourd’hui, on est dimanche. Pas de douche et j’y ai oublié mon savon hier. C’est une catastrophe. Mais, j’ai de la savonnette de dotation qui sent la merde. Véridique. Pardon : la merde ne sent pas. Elle pue ! La savonnette aussi !


Nous sommes là, à trois dans la cellule. Mon copain du 3° RPIMa est sur le lit du haut, à lire. Mon deuxième "pote" est assis sur son lit en guise de chaise, attablé à faire des mots fléchés, moi, j’écris (n’est-ce pas). Assis par terre. 

Mais, non ! On écoute la TV avec une émission sur les avions de 14-18 (non, on ne regarde pas. Tu ne me lis pas, mon vieux Mouloud).

A 10h, j’ai promenade jusqu’à 11h15. Pas de douche le dimanche, pas de culte non plus. Le 5 septembre, j’étais à la messe avec des copains blancs. Pas d’arabe, ni de noir, moi, seul en petit-gris. Merde, y avait pas les détenues nanas. Merde de merde. Moi qui croyais !

Je sors le 17 ou 18 octobre. Le temps se fait long. M’enfin, faut ce qu’il faut. Quand tu sais que certains entrent en zonzon pour 15 jours, pour deux ans, pour une gifle. Nom de Dieu. Qu'on me pardonne !

Bisous à toi Claire et à ton homme.


PS: quand je vois les prévenus dangereux sortir de zonzon (l’un avec des armes de guerre et des grenades, l’autre qui a foncé sur les flics avec une hachette et à blessé un gendarme à la cuisse) et que moi, le substitut m’a placé en détention pour cause d’écrits :

-Vos lettres montrent que vous êtes dangereux ! Ma stance à Fernande... à mourir de rire !
J'en bande encore de plaisir contenu !                                                               ________________

2° promenade du matin. Le Poisson rouge continue ses insultes. Je cours dans la cour B. Le tabac recommence à manquer. Après-midi, l’enc-ulé m’insulte toujours. Les cours sont sales, ce soir. 

Robien pète les plombs. Depuis trois jours, il agresse Jérémie et Bruce, faisant le chimpanzé pour les impressionner. Il a eu une piqûre-retard qui ne gère pas sa folie.
Paul (yeux et démarche inquiétants) me dit :
-Montre ton papier pour voir si tu n’es pas un pointeur.
Faudra que je lui dise que montrer un papier ne veut rien dire et que mon problème n’est pas le sien.

Sal…ah était de sortie. Toujours aussi con. Solitaire. Sa…ïd enc-ulé de chevrier. On remarque beaucoup d’arrivants. Un Gars a dû enlever son chapelet pour passer le portique de détection.

 
La pie s’est montrée ce soir. Quel plaisir !
Paraîtrait que les ricains ont insulté le Prophète. Ici, ce sont les musulmans qui insultent Brassens. Brassens, c’est moi. La connerie au 3° étage est grave

Ai prêté mon bouquin de cul, (cantiné pour Domi), à un gardien (qui se le lit dans sa guérite). J’avais promis ce machin à Akim. 
Dédé est venu me dire que c’était OK. Bon. C’est le  seul périodique de cette eau qui entre dans la poche jambière de son uniforme. Le seul. (
Ndlr : le gardien n’a pu rendre le bouquin cochon. Il se l’est fait tirer par un de ses collègues. A qui se fier ? Akim aura été puni. C’est toujours la double peine en prison !
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LETTRE à Anne-Marie Lundi 17 sept. Plaisir. Taulard, io sono. 30 au jus.
                               Bisous et bonjour, Madame Anne-Marie. Comme je m’ennuie "ferme", je me suis dit "in petto" :
-Qui pourrait-on exciter ? 
Bon : j’ai énervé Carine et Américo, Pierre et Carmen, Claude et Claire, Julie... Ben, (Ben, c’est un prénom), Joël, Christian, Pascaline, Françoise et Jacques, l’autre Françoise. Ne reste donc que MABELLE !
Nouvelles de prison. Un collègue à cueilli une rose, dans l’enceinte de la prison, une jolie rose rose-pâle et du raisin blanc, tous les deux frais cueillis !
Mise dans de l’eau sucrée, elle tient la forme (le raisin moins, il a été bouffé) : 15 jours d'épanouissement ! Epoustouflant !

J’ai donc, dès mon retour au bercail voté une loi irrévocable : tous les jours je mettrai mes petits petons dans de l’eau sucrée, à mariner. 
Sachant que l’eau sucrée (ou salée) ne croupit pas, imagine les économies d’eau de bain de pieds réalisées, le tout pour vous rester épanoui le plus longtemps possible. C’est mon cadeau. 
Ne me remercie pas. C’est naturel.
Ici, les deux pies et un hochequeue nous visitent tous les soirs. Autre nouvelle ? RAS, d’autres diraient RAB (intraduisible en langage poli !).
Toujours pas de clefs dans nos poches : les couteaux ne coupent pas (nous sommes revenus à l’âge du cuivre nickelé), les fourchettes piquent mollement au risque de se tordre, et les repas sont froids…
Ce qui manque le plus ? Un bon noir en lisant son journal au Café des Cévennes, au matin, tout en faisant un Sodoku, avec Noémie à ses pieds !

Quant au reste, à par les amis, les guitares, le chant et la musique, les randonnées, les sorties en voiture, l’ordinateur, l’écriture, les oiseaux, la mer, la montagne, les soirées et les matinées calmes, la rivière et la course sur son chemin, les puces, le bricolage, la photo, les expos, la bière à la terrasse du bistrot, le pastis chez Rolando, les voyages en Normandie, le scrabble chez Madame MABELLE, la bière chez Claude…

 
A part tout cela ? Rien ne manque, rien n’importe. Voila pourquoi je dis :
-On peut se passer de tout, sauf d’un bon café au réveil…
Alors, vois-tu, rien ne me manque.
Je me dis : en prison, tu dois avoir une vie intérieure très riche, faute de quoi tu deviens vite miséreux. Pas malheureux mais miséreux. C’est un état physique et non psychique, à tout le moins, au début, la misère.

Je me dis qu'avec toute cette richesse intérieure qui me permet de me passer des "biens" matériels :

-Mais, à l’extérieur, tu t’emmerderas. 
Je fais même du scrabble tous les midis. Je suis toujours dernier, sauf hier : 2° sur 3, mais je progresse. Il m’est même arrivé d’écrire le mot aridité avec deux R. Cela me titillait mais j’ai mis du temps à percuter. C’est le 2° copain qui l’a relevé. Deux R, faut le faire.
Ce jour, j’ai commencé à trier mes papiers. Il faudra bien que je prépare ma sortie pour le 17 octobre. La santé est bonne, Madame. J’espère sortir mieux que je ne suis entré, quoique cela sera difficile, tant je suis extraordinaire, n’est-il pas, my dear Mary-Ann ?
Espérant t’avoir bien cassé les pieds, je vous prie de recevoir, Madame, mes  salutations les plus respectueuses,         GilPAT.
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Le 17 sept. 12. 
Bonjour, Julie. Salut Franck. Quelques nouvelles fraîches de la zonzon. 
Ce lundi, concert avec le groupe de CHICO à 14h30. Ai demandé à y assister. N’ai pas encore été agréé.  
Ce sera comme pour la fête de la musique NDLR.

Ici, tout va bien. Papa et Beau-papa courent toujours pieds-nus. Cela incommode les animals de la cour d’à côté qui s’ingénient à me balancer encore et toujours des pierres, crachats et insultes.
Disons que depuis l’arrivée du nouveau directeur, les choses paraissent se calmer un peu. Enfin, un petit peu. Restent toujours les insultes et les jets de bouteilles d’eau d’un litre et demi qui font mal lorsque c’est reçu !
Disons que, si je reste assis dans la cour, on ne m’agresse pas.

La prison, c’est le manque de tabac et de chichon. Et de nichons. Y en même qui ramassent les mégots. 
Faut-y que certains soient riches pour jeter des mégots. Merci mon Dieu d’avoir arrêté de fumer. J’aurais fait le clodo ! La prison, c’est aussi le scrabble après le repas de midi. C’est sympa. Je fais souvent deuxième. Papa très fort, Juju.

J’ai beaucoup de nouvelles des amis. C’est chouette. Marie m’a aussi écrit ainsi que ta mère. Ici, on me parle beaucoup de ma mère, au moins deux fois par jour. Ils l’aiment tant (surtout les z’arbis et les gitans) que, la preuve ? Ils l’enculent. 

C’est leur langage un peu viril. Affectueux, tout de même.  
Quand à toi, ma fille, tous croient que tu t'appelle Putain. Y a beau leur dire qu’ils se trompent ! Mais, non. Rien à faire.

Parfois, nous recevons des colis (pas de Noël) avec du shit. Je t'explique. De l’autre côté de la prison se trouve un gentil cimetière. Avec de gentils galets dans les allées. Hors Ramadan, on prend  un galet important (pas trop gros mais pas maigre), on y attache du shit, environ 15 grammes ou un portable. 


En période de Ramadan, c’est de la viande hallal, et on balance le tout par-dessus les filets.Le colis tombe dans la cour A et certains détenus le renvoient dans la cour B, le jeu consistant à ne pas le prendre sur la tête, et être plus rapide que les gardiens qui se dépêchent d’essayer de chopper le colis mais, en général, il a disparu dans la cour B.
 
Gardiens 0, détenus 1 !  Le type qui a renvoyé la "balle" se retrouve remonté en cellule avec un rapport. L’étage 1 toujours puni. Pas le 3.

Ici, dès le dimanche, la cantine Tabac est réduite à minima. Faut voir les trafics. Pour un bout de shit, compte 5 paquets de Marlborough (c’est l’Unité de l’échange).Et on s’emmerde quand même. 


Un jour, on nous a envoyé un ballon dans notre cour. Bruce (Mister Washington) l’a renvoyé à la cour B qui s’est chargée de le crever avec les barbelés. Monsieur de Lafayette avait déconseillé la chose. Mais Bruce avait justifié :

-Laisse les animals jouer. Ils emmerderont pas. Hug !  Bien raisonné, mais piètre résultat : ballon crevé !
Pourquoi moi être Lafayette ? Parce que moi avoir entamé grève de la faim pour soutenir Washington dans son épreuve de cachot (heureusement courte : 3 jours !).

A part cela, tout va bien. Je bronze, je campe dans la cellule (je dors par terre et redresse mon matelas dans la journée jusque vers 19 heures). La table et les deux chaises pour 3 sont en plastique de plage. Je n’ai pas d’armoire. Mes affaires sont sous le lit gigogne.On campe, quoi. C’est comme les voyages : ça entretient la jeunesse. 

Disons aussi qu'on s’emmerde ferme.
 
Ce jour, je voulais aller à la bibliothèque consulter le Code Pénal. Pas de biblio suite au concert pour lequel je ne suis pas admis. Tout cela, tu le sais au dernier moment, c’est la zonzon, mais l’administration ne m’a pas prévenu si j’étais ou non invité. Et pourquoi ? C’est comme ça. 

Ici, c’est bien. On a même Canal +. Même que le soir, on a des films de cul. C’est ballot pour des mecs condamnés pour délits sexuels et à une obligation de soins. Ce n’est (peut-être, NDLR) que le début des soins ! 


Bon. Assez déconné. Je vous embrasse et je pense que ça va bien pour vous. Moi, ici, ça va. Enfin, ça pourrait aller bien si je n’étais pas ici.
Bisous à tous, votre père et beau-père,       

Aujourd’hui, ce matin, F---n le fou a cassé la vitre de sa chambre. Bruce lui a crié par la fenêtre : 

-Prends un morceau de verre et coupe-toi la gorge ! 
Pas gentil, Mr Washington! Pas gentil.
                                                                     
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Dans ses poésies, Rolando (le génial poète italien) nous dirait, en toute humanité:

-Bruce, et toi F---n le fou de merde,  je vous en-matricule en toute humanité !