vendredi 29 juillet 2016

Du foot et des villages - 1


Voici l’histoire que nous offre Bernard qui s’étonne que Gilou n’en ait pas encore fait la relation. Elle se déroulait durant les années 60 à « l’Age d’Or » de la bonneterie et de la pomme qui ne cachait en fait que le lent déclin de ce petit pays cévenol. Ni la construction du nouveau collège-lycée, ni l’implantation d'établissements d'enfants à caractère social ou la modernisation des maisons de retraite, ni le reboisement en nouvelles essences, rien ne pourra l’arrêter et, l'Armée du Salut qui s'implantait dans nos villages signifiait que l'industrialisation paupériserait inéluctablement la classe ouvrière cévenole malgré ce que nous chantaient nos grands manufacturiers.

Chez-nous, rappelez-vous, nul n'entrevoyait de solution pour stopper cette lente et sourde récession, alors ne resta plus que notre espérance placée dans le football en locomotive pour tracter toute l'économie et donner un souffle nouveau à la région

Que Gilou vérifie mon écrit, poursuit-il et se remémore ces années-là. Qu’il interroge autour de lui pour se convaincre qu'il ne peut laisser passer cette perle qu’il voudra arranger à sa sauce, pourvu que l’anonymat des participants et des lieux soit respecté.
Bernard ne demande qu’à être le co-auteur du texte final et, en tant que tel tient à le revoir pour corriger l’orthographe de Gilou qu’il trouve parfois déplorable. Dont acte.
Merci Bernard, je transmets votre perle, et acceptez que je vous embrasse affectueusement,
                                              vôtre Ménie.

Petit PS : Mon cher Bernard, en tant que correcteur, ne pensez-vous pas que vous deviendrez seul responsable de l'orthographe du texte ? C'est la vie : on ne peut penser à tout. 

***

Voilà de quoi il retourne et, avant que de planter le décor, donnons quelques clefs au lecteur pour qu’il ne se perde pas dans le récit.
Primo, l’histoire reçue nous amusa car je l’avais déjà raconté à Rolando, Pierrot et Américo et sa rédaction trainait dans ma bébête, mon ordinateur. Je dois avouer que la lettre de Bernard m'a fait comprendre que dans mon récit, il y manquait tout l'environnement, sa part sociale et économique qui entourait le football.

Ensuite, ce mardi 26 juillet 2016, j’en fis part à l’apéro à Edouard, ancien correspondant du journal local, Le Cévenol libéré, un des joueurs de l’époque qui confirma le récit et y ajouta des remarques opportunes dont celle qu’étant malade, s'il fut un des acteurs de la tractation en coulisse entre dirigeants, il ne joua pas la partie.

Découvrons notre Petit Poucet, le bourg de Saint-Pargoire l’Ancien réputé pour la beauté de ses paysages sauvages, son rocher aux longues strates couchées aux deux tons de gris le revêtant de sa haute haute cape, ses usines textiles de nylon pas encore sur le déclin, ses magnaneries d'élevage des vers soie déjà à l’abandon et son cours d’eau se perdant dès la sortie du village après avoir creusé dans ses calcaires pour s’enfouir et qui, lors des grandes crues d’automne réapparait toujours en torrent pour ravager tout l’aval sur son passage.

Et voici, en splendeur toute son partenaire de jeu, l’ennemi préféré de St Pargoire, ma petite ville de Castagne-le-Pont avec ses nombreuses filatures de nylon encore florissantes, mais pas pour longtemps, ses anciennes magnaneries vidées de tous cocons, son corso fleuri, son foirail sur le déclin rapport aux lois sur l’abattage du bétail devenues plus draconiennes, ses deux foires réputées de septembre et qui coule des jours tranquilles le long de sa rivière paisible qui, tout en arrosant les pommeraies de sa vallée n’offre plus aujourd’hui au pêcheur sa truite arc-en ciel et sa fario, ses écrevisses autochtones et la façon de les préparer au feu de bois.

Ce qui réunit les deux cités tint longtemps à la culture du ver à soie, leurs innombrables magnaneries alimentant de grandes usines faisant la richesse du pays. A l’Age d’Or de la bonneterie, le frugal cévenol se mit à consommer plus de viande, les boucheries et charcuteries proliférant dans le pays et on croyait encore que les jeunes préféraient rester au pays avec un emploi sûr et lucratif plutôt que de poursuivre des études pour s’en aller en ville chercher, fonctionnaires leur bonheur loin de chez-eux mais la réalité était tout autre : les villages se vidaient de leurs jeunes.

La région négligeant la carte du tourisme s’appauvrit si lentement que les populations ne s’en rendirent pas compte et, dès 1968 en même temps que les aides de l’état pour la soie se tarissaient, le nylon en remplacement se montra incapable de sauver l’économie du pays.

Ajoutez aux malheurs de l’emploi local nos ouvrières du textile qui découvrirent que leurs jambes nues bien épilées et teintes, un trait de pinceau plus sombre pour dessiner une couture à l’arrière du mollet appris par leurs mères aux temps des restrictions pouvait remplacer les bas. Plus simple, l’amélioration des conditions de vie dégageait la jambe pour mieux la bronzer aussi pouvait-on se passer fort bien de tout ornement.
Et c’est pourquoi, les bas-couture noirs exceptés, l’ouvrière fit le malheur de tous ainsi que celui de son compagnon ouvrier lui aussi du textile.
Même la CGT ne comprit rien à ses adhérentes. Et puis, les femmes pouvaient-elles imaginer que la survie des métiers à tisser des grands manufacturiers de bas, ces pourvoyeurs de leurs emplois comme de la richesse du pays dépendait qu'elles fissent le sacrifice de porter les bas qu'elle tissaient ? Mais, de la pédagogie des syndicats pour se faire entendre, il n'est point ici question quoique ce que femme veut, ne dit-on pas que Dieu le veut ? Ah, voyez que notre malheur ne dépendait que du Ciel et nul ne pourra tenir rigueur aux ouvrières de la perte des emplois et de la récession !

Et pourtant, on s’était modernisé en passant des lents métiers en ligne aux machines italiennes plus performantes. On s'attacha au panty et on créa toutes formes de bas mi-longs ou de chaussettes et on finit même à rendre la culotte plus séante en abusant follement de colorants toxiques au grand dam des truites et des écrevisses indigènes mais rien n’y fit si ce n’est que la rivière se pollua encore plus. A la fin, les machines à tisser italiennes se turent définitivement dans le temps que les municipalités subventionnaient toujours plus les deux clubs de foot. Pour la seule gloire de leurs villages. 

En parlant de la renommée, nous pouvons révéler, sans nuire à la suite du récit que, même s’il ne s’agissait que de la finale de la Coupe Gard-Lozère, les deux bourgs irréductibles finirent par s’entendre sur le terrain ce qui fut une avancée mais, si l'une d'elles gagna la Coupe, le football perdit quelque peu sa candeur, si ce n'est son âme.

Les clubs de foot adoubés hommes-liges par leurs villages ne pouvaient tricher dans ces joutes rugueuses et chevaleresques. On avait osé attenter à l'honneur de tous, alors la région versa dans la déprime générale.

lundi 11 juillet 2016

La vaccination du nourrisson.


Joyeux VS lobbies pharma. Le professeur Joyeux fut mon docte oncologue et je tiens à rester neutre dans la dispute qui l’oppose à l’Ordre des médecins et à la Ministre de la Santé publique. Sauf que :
- Lorsque le gouvernement commanda 90 millions de doses contre la grippe, qui profita de la gabegie gouvernementale, dites voir un peu ?…

- La vaccination obligatoire des bébés par le vaccin DTP (Diphtérie-tétanos-Polio) ne peut plus être assurée, les labos ne le mettant plus à disposition contraignant ainsi les parents à utiliser l’hexavalent qui, lui n’est que recommandé sous peine de sanctions pénales comme s’il devenait obligatoire. Quel tour de bonneteau.
Problème : il coûte sept fois plus cher. Qui veut donc imposer un nouveau vaccin et qui profite  de la pénurie organisée, dites voir un peu ?

- Qui, ne contraignant pas l’industrie pharmaceutique à produire le DTP obligatoire, et ce depuis 2008 organisait ou cautionnait la pénurie ?
La « vente forcée » des vaccins dits hexavalents devenus « obligatoires » n’a-t-elle pas entretenu la polémique sur la nécessité de la vaccination et le flou entre vaccins obligatoires et vaccins recommandés? Et qui en profite, dites voir un peu ?

- La vaccination est-elle sans danger pour les nourrissons ? Toutes les études sur les adjuvants et leur toxicité n’ont été effectuées que sur l’animal en extrapolant à l’homme : des questions restent entières sur la toxicité de l’hexavalent, de l’aluminium et autres adjuvants sur le jeune enfant et sur le déclenchement des maladies auto-immunes.
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Voici le questionnement de l’ACADEMIE NATIONALE DE MÉDECINE
16, RUE BONAPARTE – 75272 PARIS CEDEX 06
TÉL : 01 42 34 57 70 - FAX : 01 40 46 87 55

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Commission VII (maladies infectieuses et médecine tropicale)
Groupe de travail* sur
       Les adjuvants vaccinaux : quelle actualité en 2012 ?
              Pierre Bégué, Marc Girard, Hervé Bazin, Jean-François Bach.

            Les questions posées pour ce rapport sont les suivantes :
1. Les adjuvants vaccinaux sont-ils nécessaires, en particulier ceux comportant de l’aluminium ?
2. Que sait-on actuellement du cheminement de l’aluminium vaccinal dans
l’organisme humain ?
3. Existe-t-il des preuves établies d’une possibilité de toxicité neurologique de
l’aluminium vaccinal ?
4. Quels sont les nouveaux adjuvants vaccinaux, leur utilité, leur toxicité éventuelle ?
5. L’auto-immunité due aux adjuvants est-elle une menace réelle ?

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Du principe de précaution : un tel questionnement suffit en lui-même à montrer l’inquiétude du corps médical car, si la vaccination sauve beaucoup de vies, la toxicité des adjuvants n’est pas suffisamment connue, surtout administrés aux nourrissons. Le 5 y répond (L'auto-immunité due aux adjuvants est-elle une menace réelle ?  Cette question répond sans ambages, tout comme Joyeux : oui, la menace existe !).

Conclusion : Monsieur le Professeur Joyeux a été sanctionné pour que le gouvernement permette aux Industries pharmaceutiques de piller les caisses de Sécurité Sociale.
Quant au principe de précaution concernant les nourrissons ? On s’en fout !

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      Monsieur le Professeur Joyeux, le chien courageux peut bien aboyer pour prévenir du danger mais la caravane passera toujours en s’en mettant plein les poches et en lui jetant des pierres pour le faire taire.
Et du principe de précaution ? Bof, si on veut !  

dimanche 10 juillet 2016

L'oubli d'avoir déjà lu...


Il est des livres qu’on aime serrer pour mieux les savourer en les redécouvant. D’autres ne méritent leur lecture que par la nouveauté ou l'effet de mode :
- Mais oui, mon cher, son dernier essai, surprenant… mais oui. Adorable. Une finesse d’analyse. Quoique difficile. A ne pas mettre entre toutes les mains. Oui, tu devrais te le procurer.

Ben oui. Faut toujours mettre une touche délicate aux attendus de ses jugements sans trop appuyer pour ne pas susciter le débat qui risquerait de tourner à notre confusion.
Non, mais c’est vrai que je n’ai pas tout compris, mais faut bien se cultiver ce qui implique et de faire semblant de s’imprégner en simplifiant à l’extrême la pensée de l’autre, la faire sienne et, à force on finit par n’y rien comprendre pour enfin se débarrasser de ce fichu bouquin.
Il suffira de l’offrir pour bien montrer qu’on l’aura acheté. Lu ? Je ne sais :
- Tiens Carole, le dernier Machin. Tu aimeras. Surprenant. Non, non, c'est cadeau.
Et sans rancune, old chap, toi l’auteur trop compliqué pour moi. Pour me payer de l'achat de ton bouquin je tiens à te faire rater une vente. Oui celle de Carole. Pour me remercier ? Pas compliqué : écris plus simple. Merci bien !

Ces ouvrages dépassent notre entendement, trop techniques, souvent abscons, ceux qu’on survole sans rien pouvoir en retenir et qu’on se reproche d’avoir entamés, vous connaissez ? Mais bon, ne sommes nous pas suffisamment intelligent pour nous en débarrasser sitôt lus ?
Il nous reste encore sur les bras ce tas de livres qui ne présentent aucun intérêt mais dont on ne se séparerait pour rien au monde, sans oublier les anciennes reliures pleine-peau à conserver impérativement pour ennoblir notre bibliothèque Louis-Philippe plein-bois de merisier. Ah, parlez moi de la culture, et allez comprendre nos motivations :

- Mais oui, très chères... tous lus. Tu parles, Charles !

Je réserve une place toute particulière aux romans policiers qu’on ne peut absolument pas lire en diagonale tant le choix des mots, la tournure des phrases, leurs sens et le style participent de l’intrigue. Souvent la complexité de la confection du livre vous égare, et n’est ce pas le but du jeu du chat et de la souris ? On vous désire détective, mais qui est le chat ? Et la souris ?
En général, vous n’aurez rien découvert et ne vous restera que l’effarement des sens et de l’intelligence dans une sorte de plaisir à être la dupe de l’auteur qui prend un malin plaisir à vous promener. Mais que cet égarement est bon.
Toutefois, ces romans à clefs ne peuvent en aucun cas se survoler car ils réclament toute votre attention, votre perspicacité. Et pourtant.

Depuis toujours, pour moi un livre est un livre et je m’interdisais toutes sortes de condensés, tels ceux du Reader’s Digest car j’estimais que l’on ne pouvait en aucun cas réduire un ouvrage d’art. Et voila que, rangeant ma bibliothèque, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une couverture verte de la Sélection du Livre contenant quatre raccourcis du Reader’s Digest qu’immédiatement je parcourais avec plaisir. Ma lecture commença par les Femmes de l’ombre (d’Agnès Claverie) suivie par les Mystères du Sacré-cœur (Catherine Guigon) dont il me sembla connaître l’histoire, mais sans plus et comme, dans le doute l’abstinence est de rigueur…
Ai-je bien dit abstinence ? Abstinence ? Vous me ferez grand plaisir de retrouver le bon mot car, le temps que je m’y mette, cet article risquerait de finir en cadeau pour la Noël prochaine.

Au troisième livre, Tu m’appartiens (Mary Higgins Clarck) je découvrais un auteur* dans une intrigue palpitante, quand bien même le traducteur utilisait trop d’auxiliaires. Tout au long du livre, en leitmotiv les paroles d’une chanson accompagnaient les crimes, la structure de l’énigme reposant sur trois personnages inquiétants qui pouvaient tous servir de tueur en série, chacun avec son secret et les possibilités d’avoir croisé les victimes dans des croisières de luxe.
Horreur : très vite, je savais avoir découvert l’assassin. Fastoche.

*Un auteur : les vieux comme moi ne supportent pas la féminisation des fonctions. Grâce à Laurent Fabius,  Balzac se retourne dans sa tombe. A quand un fourmi, un abeille, une homme, un femme ? Les anglais y retrouveront encore moins leurs petits et honniront davantage la langue française en tous genres et autres exceptions qu’ils appréhendent.

Tu m’appartiens… Lorsque Susan, l’héroïne retrouvait, face au sex-shop Dark Delights la boutique du Khyem Specialty Shop dans laquelle l’assassin venait se fournir en bagues qu’il offrait à ses victime, je m’aperçus que j’avais déjà lu ce bouquin.

Que croyez-vous qu’il advint ? Eh bien, sans trop chercher à savoir pourquoi, je poursuivais jusqu’à la fin ce livre, revivant à nouveau l'heureux dénouement. Oui, heureux car l’auteur, une femme ne pouvait pas nous décevoir. Normal.

Moralité ? Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau. CQFD.

samedi 2 juillet 2016

Un tout petit village


Il s’appelait Lefort. Qui n’a jamais ressenti cette impression de connaître des gens depuis leur plus tendre enfance alors que plus de trente ans vous séparent ce qui était notre cas, pour mon ami disparu dans ses 80 ans, cet homme solitaire que tout le village détestait parce qu’il évitait le monde ne fréquentant qu’une poignée d’amis, tous étrangers au pays de Caux.

- Magloire-Lefort ? Un type formidable ? Alors ce n’est pas celui que vous cherchez, non. Mais un Malgoire tout court à la ferme des Lefort, je  connais. Faites attention à son chien, aussi amitieux que lui !   
Mais, si ce Lefort était le Malgoire que vous chercheriez, il semblerait que le vieux n’a pas toute sa tête, certains estimant qu’il est plus que frappé. S’il dit bonjour en passant à l’épicerie ? Pour ça oui, Monsieur on ne peut pas dire. Mais pas plus, en entrant et en en sortant, pas un malpoli, mais presque. Au bistrot, Monsieur, mais le voir au bistrot ? Toujours bien habillé, pour ça oui, on ne peut pas dire, Monsieur, mais se mélanger à l’apéro avec des paysans, vous n’y pensez pas, Monsieur ! Moi, je crois qu’il se cache à la ferme des Lefort, et pourquoi pas ? Mais, allez savoir.
Notre villageois avait envie de taper une bavette avec un étranger, ce jour, pour ça oui, Monsieur.

Dans notre petit village, une pièce rapportée qui évite de causer n’est qu’un malappris. Pour d’autres encore, les plus médisants et les imbéciles finis, toujours les mêmes, dans ce petit terroir aux mille sorciers sa réputation de malséant portant le mauvais œil n’était plus à faire, la preuve les vaches de son métayer dépérissent. Voila pourquoi tous s’évitaient, Malgoire les villageois, les villageois Malgoire.

Pourtant, c’était mal connaître le bonhomme et, lorsqu’il mourut après une longue maladie on découvrit que cet homme, le plus exquis des hommes ne se consolait pas d’un deuil douloureux. Voilà pourquoi il vivait reclus.
- Nous sommes des moins que rien pour lui, et Monsieur fait son fier. Qu’il en crève de son enflure ! Le village se prononçait définitivement en toute charité.

Sitôt dit, et comme si elle avait humé les relents qui s’échappaient de toutes les cheminées du village, la Mort rappela à elle cette enflure pour l’en débarrasser.
Incroyable que la mort puisse un jour prendre plaisir à contenter son monde !
A présent que le père Malgoire à peine refroidi continuait à emmerder tout son monde en prenant la place d’un natif, les capacités du petit cimetière en limite de rupture, il intéresse bougrement tout le village, et comme il ne peut plus faire de mal, nous redonnerons son nom à mon ami qui connut une vie bien remplie aux ex-colonies comme fonctionnaire d’autorité et qui, on ne peut en douter aura été aimé, au moins par une personne comme tout homme en a le droit.

A son enterrement, nous fûmes tous surpris, non pas de voir arriver un cartel de militaires en tenue, le préfet et le sous-préfet en délégation, même le maire du village de son écharpe tricolore ceint, non. Ce qui choqua tout le village fut un groupe d’une cinquantaine de gens de couleur qui remplit la petite nef de l’église du village pour suivre ensuite le cortège comme si tous faisaient partie de la famille, les femmes en pleurs, les enfants remuants, normal, les hommes avec le sourire comme s’ils accompagnaient un ami en promenade.

- Merde, alors. Et c’est quoi toute cette smala de noirs ! L’Afrique en Normandie, ou quoi ? On n’est plus chez-nous !
Ce petit bon mot mis à part, tous tinrent à accompagner le mort à sa dernière demeure, tant on s’ennuie à mourir dans nos petits villages, un peu d’animation, de vie ne faisant de mal à personne. Et tant pis si c’est pour un enterrement, une bonne occasion de se fréquenter et un sérieux  motif de boire un coup à la santé du mort, évènement trop rare qui, à chaque fois satisfaisait le patron du bistrot du village.

Après la messe, l’église étant comble, le curé en profitant pour faire durer l’office par un long serment sur la vie éternelle, et patin et couffin, le préfet fit un laïus en toute simplicité pour dire son amitié, son respect ainsi que les liens qui l’unissaient au défunt. Il fut sous ses ordres à l’armée, même. Par la suite, de son vivant Ernest Magloire se révéla un grand administrateur des Services de Santé en Afrique, maintes fois décoré. Puis, il poursuivit :
- A la mort de sa femme, Clara personne ne put le retenir alors qu’il était pressenti pour devenir conseiller au Ministère de la Santé de Côte d’Ivoire. Monsieur X…. Le Ministre, sachant les liens qui nous unissaient me demanda d’intervenir. Peine perdue.
- Non, disait mon ami Ernest, le ressort s’est brisé. Sans Clara, à quoi bon ?

On apprit qu’Ernest, de son vrai nom Magloire-Lefort fut un orphelin parisien confié aux  Lefort, de bons paysans normands qui l’adoptèrent. Peu connaissent de son histoire. Par discrétion, il interdit au notaire de faire référence aux liens qui l’unissaient à ses parents adoptifs ni de dire qu’il s’en était bien occupé jusqu’à leur mort.

- S’il rompit toute vie sociale dans votre village, on doit le mettre sur le compte du décès de sa femme, nous en discutions encore ce jour avec Monsieur Léandre de B., votre Maire mais, sachez qu’il s’investit totalement, et jusqu’à sa fin en faveur d’orphelins de la Côte d’Ivoire, ce pays qu’il affectionnait particulièrement, Clara étant ivoirienne d’origine.
A tous ses amis africains ici présents, je tiens à adresser mes condoléances, et j’ai voulu dire à tous ma peine.

Incroyable pour les villageois présents qu’un Préfet puisse pleurer un ami. Ca ne se peut pas. Non, mais ! Après l’enterrement, et comme toujours, nos hommes s’en retournèrent au bistrot du village pour bien montrer qu’ils revenaient à la vie en niant l’idée même du trépas, un petit coup derrière le gosier pour communier une dernière fois avec le mort.
Dès cet instant, l’emmerdeur devenait le pauvre Ernest, un bon gars qu’on réintégrait à la vie locale par son prénom et son nom pour l’évoquer avec tendresse et au présent de l’indicatif, comme s’il était toujours vivant, devenant ainsi un des meilleurs bourgeois du village. Et on entreprit de toujours bien en causer. Alors, il s’entendit, entre force petites Côtes du Rhône :

- Merde alors. L’Ernest, on le prenait pour un richard fier et emmerdant comme la pluie. Ben, dis donc le père Magloire, il nous en aura bouché un coin. Pas croyable !
- Malgoire-Lefort, un bon gars. Et son enterrement ! C’était beau. Je n’aurai pas fait le déplacement pour rien. Ouais ! Pour rien au monde je n’aurais aimé rater le discours du Préfet. Un bon gars, que ce gars-là, même que si le Préfet l’affirme, alors... Mais, tous ces noirs… Allez, patron, sert la tournée, et à ta santé Ernest. Et à la bonne nôtre. Et à la vie, crénom de nom !
- Et au prochain enterrement, fiston.
- Parle pas de malheur, hé papa ! Tu frôles les 80 berges.

Pensez-vous que le village réfléchit sur ses jugements hâtifs après cet enterrement et qu’on y fit son mea culpa ? Pas du tout, et pourquoi voulez-vous que la vie ne reprenne pas comme avant et comme il en sera toujours ainsi, la médisance ne servant qu’à mieux se sentir vivant comme il est de coutume après chaque enterrement car, sans les ragots, avec quoi pourrait-on bien animer notre village pour le rendre plus heureux ? Avec la télé le soir, chacun chez soi ? Surtout pas.
- Et si on jouait la tournée au Mata* ? lança Jeannot.

Le Mata : jeu de domino prisé en Normandie, à Dieppe tout au moins.

En remplacement d’un Ernest Magloire disparu, on se chercha quelques chiants comme la pluie. Et, en Normandie, ce n’est pas que la pluie soit pénible, quoique pour moins s’ennuyer dans le mauvais temps on se dépêcha de se trouver un nouveau malappris, et ce fut le père Peinard qui hérita de la charge d’Ernest laissée vacante, et pour cause.
Pour faire bonne mesure on baptisa ours malséants deux autres, le père François et Mon Père, le nouveau curé, seuls villageois adeptes de la Croix Bleue, plus trois malappris et leurs suppléants tout aussi malséants.

Enfin, on avait retrouvé matière à causer entre-nous. Et ça ne mangeait pas de pain. Tiens, ça tombe bien que les heureux élus ne soient pas au bistrot, ce jour. Pour tous les autres cons, les femmes exemptées de par leur nature, je ne vous dis pas leur nombre, ce qui fait beaucoup pour un petit hameau d’une centaine de feux. Beaucoup trop, quoique le village, ragaillardi ne s’en trouva pas plus mal de sa médisance, et si l’Ernest l’avait supporté sans mal, notre patron de bistrot en aura bien bénéficié, lui-aussi en comptant sa caisse le soir.

Mais, que nul ne dise haro sur la médisance et sur la mort : les deux peuvent bien profiter à beaucoup. Et si, en plus ça peut permettre de se parler, voyez quelles participent toutes deux à la convivialité dans nos petits villages de France et d’ailleurs.