lundi 15 août 2016

Du crime de lèse-laïcité.

Tiens, depuis1638 le 15 août devrait rappeler notre bon roi Louis le 13ème qui, désespérant d'avoir un héritier après 23 ans de mariage demanda la bénédiction de la Vierge pour que la Reine nous donne le Roi-Soleil, cette catastrophe nationale qui, à sa mort aura ruiné la France et imposé une seule religion à tous ses sujets, la catholique faisant du bon protestant un roué, un pendu, un brûlé, un rameur aux galères, interdira leurs pasteurs sous peine de mort, placera leurs enfants de plus de 7 ans comme valets dans de bonnes maisons catholiques et les filles en couvent.

Pour remercier les églises chrétiennes de s'être entre-déchirées et d'avoir mis plus bas que terre la religion hébraïque et la notion même de république, la France devint laïque et fit du 15 août un jour férié chômé.
 

Maintenant, et insidieusement, croyant se montrer tolérante, la république manigance des entorses inacceptable à la loi de 1905 qui, en contenant les religions dans la sphère privée nous offrit la paix religieuse qui permettait à tous la liberté de conscience et la pratique paisible du culte de son choix.
 

A l’heure où je vous parle, comble du comble, on se rend compte que personne, pas même l'école laïque n'aura appris les bienfaits de cette loi de tolérance religieuse à certains de nos concitoyens de deuxième et troisième génération d’immigrés qui semblent découvrir sur le tard, tout en s'en insurgeant que les lois de la république française laïque s’appliquent à tous, sans exception aucune.
 

Dieu mis au pas par la République, impensable pour certains.
 

Il est aussi désastreux de devoir faire comprendre à nos catholiques que le mariage ressort du domaine de l’état et que faire entendre sa position de citoyen interdit en même temps d'arguer de l'essence divine du mariage.
 

La France tient à la laïcité depuis 1905. Que, dans certains pays la loi de Dieu prime celle des hommes, qu'importe mais ce n’est plus le cas par chez-nous, et grand bien leur fasse à ceux qui pensent aussi mal. Façon de parler !
 

Dans ces pays ou la religion est d’état, aucune autre religion n’est tolérée et aucune loi ne peut être édictées par les hommes qui ne soit issue de la loi divine. Conclusion simple ? Oh, rien qu'une petite chose en forme de chaos étatique et guerres de religions interminables observables en Afganistan, en Irak, Syrie, Etats du Golfe (pas encore), Liban, Yemen, Lybie. Pour ce qui est des états musulmans "normalisés" tels le Pakistan, l'Egypte, l'Arabie saoudite, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie etc, on attendra demain pour se prononcer sur leur stabilité, mais le doute est permis quand on voit la Turquie, un des seuls pays laïque "stabilisé" qui commence à se mettre à la religion d’Etat. L'Europe avait bien besoin de ça à sa porte !
 

Appelons un chat un chat. On nous interdit les crèches et les sapins de Noël dans l’espace public ? Bravo si ça fait plaisir à certains. Mais, ceux qui revendiquent la laïcité, rien que la laïcité, toute la laïcité… enfin, pas toute, mais que ce qui les intéresse, ceux-là même revendiquent le droit de voiler leurs femmes contrairement à la loi et refusent que des médecins hommes ne les visitent. Sont-ils pour la laïcité dans ce cas-là ? Non, seulement pour leur liberté de refuser la laïcité.

Je dis : dans certains pays musulmans où aucune femme médecin de peut exercer, comment les hommes et les femmes se comportent-ils avec la santé ? Comme en France ou laissent-ils leurs femmes et leurs filles mourir faute de soins ?
 

Quand au birkini, je suis d’accord que les musulmanes le portent à conditions qu’elles surveillent leurs hommes qui ne font que loucher sur les petits seins nus et le joli cul de ma Fanny moulé à ravir par son petit bikini, comme si leurs hommes ne pensaient qu'à ça. Oh, et tant pis si elles-mêmes continuent de zieuter à l’endroit de mon short de bain qui ne cache, difficilement que le strict nécessaire. Et qu'elles me photographie, car moi je me sens beau sous le regard de Dieu et du leur que j'apprécie particulièrement. On est tolérant chez-nous, que diantre…
 

Mais, laissons-là cette merveille de la nature, nos corps et cachons surtout nos cheveux et nos mains pour ne pas exciter la concupiscence d'Adam. Et d'Eve, par la même occasion. Moi, vous savez, de belles mains ce que j'en dis pour l'excitation des mâles ? Bof !
 

La laïcité est bonne chose alors, de grâce, qu’on ne nous oblige pas à penser comme certains qui voudraient que l’état devienne religieux. Mauvaise pioche, quand on sait qu’un état religieux n'existe qu'en interdisant toutes les autres croyances, nos concitoyens maghrébins chrétiens sont bien placés pour le savoir lorsqu'ils retournent au bled pour les vacances. Même leurs familles leur tournent le dos, mais comme ce sont de bons musulmans, cela se conçoit aisément, on leur pardonne chrétiennement.
 

N’en déplaise à tous les religieux de tous bord, la laïcité fut le seul remède efficace aux atrocités des guerres de religion, aussi nous disons à tous ceux qui voudraient la remettre en cause, Cazeneuve notre Ministre des cultes en premier : Barka ! On touche à rien, les petits potes !
 

Petite curiosité pour finir : à l’abattoir du Vigan, on martyrisait les animaux. On parle maintenant de les immoler religieusement sans les estourbir, ce qui illégal et tombe sous le coup de la loi pour maltraitance mais, en ce cas d'espèce ne se situe-t-on pas dans un pays barbare ? Croire que se montrer tolérant consiste à ouvrir des brèches à la laïcité pour éviter la surenchère qui ne peut que finir en conflits violents, le Kosovo en est un bel exemple, c'est se mettre le doigt dans l'oeil  jusqu'au coude.
 

Espérons qu'un jour, l’état estera en justice contre lui-même pour ses petites reculades.
 

J’oubliais de vous signaler que nous participons tous à la chaîne Hallal, même les athées en mangeant sans le savoir les abats des bêtes sacrifiées rituellement que les musulmans refuseraient. Pire, même le chat du curé serait nourri de bons petits pâtés de cette viande. Peuchère, lui qui a toujours refusé de chasser les rats et les souris de l'église et de son confessionnal.
 

Alors, nous interdire les crèches de Noël pour raison de laïcité et nous contraindre, par surprise à manger de la viande hallal sous prétexte de rentabilité, comment se positionner dans le cadre de la loi avec cette autorisation d'égorger des animaux non estourbis pour les sacrifier religieusement ? Voyez mon dilemme.
 

Ce texte n’est pas pour mettre de l’huile sur le feu, mais la bienpensance qui évite de heurter en usant de trop d’euphémismes ou de nous obliger à la fermer pour se montrer tolérant, je dis que parfois il y en a ras-le-bol.
Qui m'en voudrait d’avoir pris plaisir à remettre Dieu à la place, qui est la sienne car il s’y sent mieux que dans la bouche de tous ces "tolérants" pousse-au-crime de lèse-laïcité ? On ne m’en voudra pas, soit mais on me taxera d'islamophobe.
 

Mais nous, on s'en fout de certains jugements indignes.
 

Bon, la prochaine fois, je la fermerai tout en n’en pensant pas moins. Que voulez-vous, il faut bien faire preuve d'un peu de tolérance, non ?
 

Et, merci de m’avoir lu, si ce n’est compris.

***

(Illustration BD : Marcel Gotlib)

vendredi 12 août 2016

Olé, toro !


Tiens, une curiosité. Un jour qu’après avoir visité une dame que j’avais draguée sur Internet, à moins que ce soit-elle qui aurait engagé la première la manœuvre, mais peu importe, l’affaire s’engagea par le siège car elle ne m'espérait qu'en rendez-vous pour le thé, petit doigt levé, balades respectueuses et séances de cinéma, chacun à sa place et sans mains baladeuses ce qui ne pouvait en rien m’intéresser car il me fallait une relation nourrissante spirituellement, soit mais pas que, surtout de celles qui tiennent bien au corps, si vous voulez tout savoir.
Et pourtant, l'appât, un peu maigrichon mais bien carrossé semblait tentant.

- Vous n’avez pas de chien, au moins ? J’ai peur des chiens. Et le cinéma français ?
Pour lui plaire j’ai failli lui dire que je préférais les chattes aux matous, les chiennes aux toutous et que, pour l’instant je me cherchais une vraie chienne , d’où ma démarche de ce jour. Faut bien rigoler, quoi !

- Non. Pas de chien mais j'ai une chatte à la maison qui s'appelle Fanny. Le cinéma français, si j’aime ? Ben, le ciné, à part Clint Eastwood, les westerns spaghetti, Tarentino, les films de guerre, les poursuites auto, les bagarres, les policiers, l’espionnage, moi quand ça pleurniche, j’aime pas trop. Le cinéma français ? Intéressant… Trop psychologique et cela me dérangerait ? Non, non. Le problème ? De beaux portraits en gros plan avec trop de dialogues qui nuisent à l’action. Trop de trop dans l'affect. Geignard, le cinéma d’auteur, vous me comprenez ?
Je crois que la dame n’avait pas encore remarqué que, si j’étais homme du monde j’entendais toutefois pouvoir entretenir une relation un peu plus mouvementée, vigoureuse à l'occasion. Sexuée aussi ? Et, pourquoi pas, évidemment après un bon repas et une bonne tranche de bœuf arrosée d’un bon Laudun… ou un Chusclan. Et, hop au lit, vilaine ! Au trot !

Une heure à discuter bouquins, ciné, balades, petits repas, vernissages d’exposition, musées, monuments historiques, peinture, musique, voyages… Çà ne vous gonfle pas de ne pas aller à l'essentiel ? Moi, si. Pour une visite, je lui suggérais Nîmes la romaine, pour commencer :
- Je peux trouver deux places à la corrida des vendanges. Oui, deux.
- Non, non, surtout pas les Arènes. La corrida, quelle horreur !

- Quelle horreur, mais c’est du grand art ça, Madame ne vous en déplaise. Ah, la mise à mort dans ce silence poignant, ce mano à mano entre la bête féroce et l’homme si faible. La foule, les olé, la musique. Toute l'Andalousie. Et ces couleurs, et ces ors lumineux, ces rouges puissants dans le soleil qui peine à gagner sur ces ombres noires, et ces contrastes dessinés sur le sable... que de beauté.
A voir la tête qu’elle me faisait, fallait vite rectifier.
- Non, non, je plaisantais, très chère.
Elle n’a pas eu l’air de trouver la chose amusante. Ni la mise à mort, ni ma soi-disant plaisanterie. J’aurais dû me méfier de ma grande gueule et de cette propension à tourner toutes choses à la rigolade.

- Mais, oui, Madame, quelle horreur que tout ce sang versé dans l’arène et ces filets rouges qui poursuivent jusqu'à rattraper le taureau lorsque les vieux chevaux le traînent avec peine sur le sable blond. Mon Dieu ! Honte sur nous de vouloir se régaler d’une mort aussi… aussi. Enfin, je voulais dire que rien que de participer à la mort du taureau, c’est comme si nous tenions le fer supplicier. Et ce coup de stylet dans la nuque, ça vous remue les tripes. Oui, insoutenable.

Faux-cul un jour, faux-cul toujours. Mais, il faut ce qu’il faut :
- Et pourtant,  pourtant je vous avoue, Madame… pardon Anaïs ? Un très beau prénom… oui j’avoue que cet El Cordobès autant encensé que dénigré du temps de ma jeunesse, que j’aimais à le voir toréer, et quel spectacle ! Par contre, le picador et la mise à mort, m’est avis que c’est de trop et que ça gâche la fête, n’est-ce pas ? Et tout ce sang versé !
Ma dégaine laissait-elle à désirer, avait-elle mauvaise vue et mon propos lui écorchait-il les oreilles ? Je ne sais. Et pourtant j’avais bien tenté d’adoucir mon discours. L’a-t-elle compris ? Je ne pense pas.

- Quelle horreur d’organiser ainsi la mort, de la mettre en spectacle ! Quelle indignité. Et ça vous plaît ?
- Oui... Mais, non ! C’est moche. Mais, de la viande… ne me dites pas que vous êtes végétarienne, non ?
- Non ! Végétalienne.

Tiens, me disais-je, c’est quoi encore cette connerie, ça existe, ça ? Pas manger de viande, et puis quoi encore ! Doit pas avoir la santé, la petite dame. Me paraît bien palote, l’Anaïs qui commençait à me bassiner avec ce taureau qui se mettait entre nous. Devrait manger de la viande, à son âge. Voyons voir, les repas en amoureux au restaurant, ça promet de grands moments. J’osais imaginer :
- Et avec la laitue pour accompagnement, Madame ? J'ai un oignon doux des Cévennes...
- Servez-moi plutôt une endive braisée à l’huile, sans beurre. Oui, je suis végétalienne… et en dessert ? Une petite banane m’ira parfaitement !

N’aimerait pas l’oignon dont je raffole ? Inquiétante, la belle ? Elle l'était, la vilaine. Quand à la banane j’espérais que la petite dame pensait à la même chose que moi. Mais, pas si sûr.
Cher lecteur, je te vois prendre plaisir à l’évocation de ce repas en amoureux, mais il n’y a pas de quoi. Désespérant. Rien qu’en pensant à la tête du serveur, je me mis à sourire, mais j'étais ailleurs.

- J’aime bien votre sourire, Monsieur ?…
- Gilles. Et vous ? Ah, oui, c’est Anaïs. Veuillez m’excuser.
Mince alors. Je ne me rappelais plus son prénom. Çà commençait bien, notre relation. Un joli prénom qui ne te va pas, dommage, voilà pourquoi j’avais oublié, pensais-je.
- Anaïs, vous êtes la première Anaïs… pardon, si je suis marié ? Je l’étais, je l’étais. Et si je suis en couple aujourd’hui ? M’enfin Anaïs, votre question me chagrine ! 
Tu parles, la chagrinée serait plutôt Fannie. Faut surtout pas qu’elle sache. Non, non, c’est qu’elle risquerait de me faire porter des cornes, et après le chagriné serait moi.

Nous avons rompu là, nos vies ne pouvant s’accorder. Et tant mieux. Pourquoi ? Parce que m’empiffrer de barbaque exigée saignante, d’œufs mimosa, de fromage bien coulant en face d’une mangeuse de verdure, qui parle de convivialité ? Doit pas se montrer radieuse au lit à tant éviter la viande. Et puis, au restaurant tout le monde penserait que je suis un radin comme un que je ne citerai pas, ou que la dame qui m’accompagne serait souffreteuse et, sans ce bel appétit des choses de la vie, on finit par s’attrister.

Les autres clients du restau ? Les imaginant s’imaginer des choses inimaginables nous concernant surtout au lit avec ma bien peu en chair, je préférais en rester là tout en m’en allant. Dommage car nous avions commencé par nous tutoyer, un bon point pour moi :
- Tu m’excuseras Anaïs, mais je te souhaite sincèrement plein de choses. Tu le vaux bien.

Du bonheur avec un gars bien ? M’étonnerait qu’elle s’en dégotte un aussi potable que moi. Pas vrai ?

jeudi 11 août 2016

Du foot et des villages - 5


Le gros village-rue de Saint-Pargoire l’Ancien grouillait de monde en ce dimanche de finale de la Coupe Gard-Lozère à l’époque où les hommes et leurs garçons s’endimanchaient pour aller au stade comme on se rendait à l’église ou au temple et, pour une fois accompagnés de leurs dames et de leurs filles.
Certains de Castagne-le Pont vinrent à pied par la voie ferrée après onze kilomètres sous le soleil et un tunnel de 1,2km, d’autres à vélos, en mobylettes, les plus nombreux en voitures, par la micheline de midi ou les cars réservés.

Dans Saint-Pargoire l’Ancien se croisaient les hommes des deux villages qui finissaient tous par partager l'apéro dans les six bistrots puis par fraterniser comme ce n’est pas permis, leurs femmes et celles du village s'embrassant après la messe comme des amies se retrouvant. Pour le pique-nique sur la place du monument aux morts, on vous offrait du pain frais par-ci, du fromage de chèvre par-là, du vin du pays, des fruits :
-Je vous porte le pastis et l’eau. Non, ce n’est pas loin : nous habitons la Grand’rue.

Le match put débuter dans une ambiance qui contrastait avec l’excitation qui avait envenimé les relations entre les deux villes. Le score incroyable à la fin du temps réglementaire fut de 4 à 4, on le sait. Revenons en début de partie jusqu’à la mi-temps où, Castagne-le Pont, se baladant sur la pelouse étrillait joyeusement Saint-Pargoire par 3 à 0.

La jeunesse des deux villages par ennui, ou pour on ne sait quelle autre raison déserta le stade pour se mélanger en grosses bandes bruyantes par la Grand’rue désertée bordée de ses rangées de maisons-murailles entre les portes Basse et Hautes, certains traversant la rivière par la poterne du Vieux Pont pour aller se balader vers le quartier de la Gare quand d'autres remontaient l’aval de la rivière pour se baigner. Le foot n’existait plus pour la jeunesse.

Heureusement car, au train ou allaient les choses, notre équipe risquait de ridiculiser St Pargoire par un score fleuve. Rappelez-vous maintenant la fraternisation pour l’apéro, et puis les femmes s'embrassant à la sortie de la messe comme des amies de toujours, et le monument aux morts, et le pique-nique, et la convivialité et voilà que curieusement, parce qu’à Castagne on partageait les mêmes soucis quotidiens, qu’on se sentait pareil, on commençait à se faire du souci pour l’équipe de Saint-Pargoire.
Au stade, après le repos de la mi-temps, les jeux semblaient faits. Tous les spectateurs commencèrent à plaindre le petit Poucet : on ne pouvait pas leur faire ça, les mettre plus bas que terre. Non, pas ça.

Et voilà qu’à la reprise les deux ailiers de l’équipe de Castagne se blessèrent on ne sait comment et la chance se mit à tourner pour le petit Saint Pargoire qui planta son premier but, un tir imparable qui, raté au départ, foireux même surprit Norbert. Puis, la défense de Castagne prit l’eau par ses arrières toujours à la traîne et, pas plus tôt la remise en jeu que voilà un nouveau but. 3 à 2.
On avait l’impression que Kader, notre entraineur amoureux du jeu italien avait enseigné le catenaccio à Saint-Pargoire dont toute l’équipe protégeait ses bois en ne procédant plus que par des contre-attaques vigoureuses de deux ou trois joueurs rapides mais qui se révélèrent souvent manchots, si j’ose dire, leurs shoots en tirs de DCA fusant de partout mais hors de la cage de Norbert.

Si la défense de Castagne branlait dans le manche à l'attaque, que penser des demis qui jouaient chacun son registre par des dribbles, certes de toute beauté mais inutiles car ils se faisaient allègrement déposséder de la balle. Les consignes de Kader? Oubliées :
- Les petits, tous au service de l’équipe. On forme un bloc. On n’encaisse jamais.
Le seul qui sortait du lot pour Castagne, notre goal tout à son affaire palliait à sa défense par un show digne des plus grands gardiens de but. Aucun tir ne passait.

Ce fut vraiment une drôle de finale où tous y perdaient leur latin, mais on s’en était accommodé : s’était-on arrangé en coulisses durant la mi-temps ? Pour gagner ou pour perdre ? Plus tard, les joueurs nous jurèrent qu’aucun arrangement ne fut conclu entre les deux équipes, et on veut bien les croire mais Castagne, comme par magie avait perdu son brio, fallait s’y faire. 3 à 3 pour un match nul, plus que nul.

Même en jouant mal, excepté Norbert impérial dans ses bois, la messe était dite lorsque Castagne mit son quatrième but et la coupe lui revenait par 4 à 3 sauf qu'à quelques secondes de la fin du temps réglementaire, un arrière sur un corner fit une faute inacceptable dans sa surface de réparation : pénalty.
Il nous restait encore la bonne main de Norbert, sa mauvaise aussi et ses gants jaunes. On y croyait, sauf que notre gardien, feinté partit sur son pied faible. Goal ! 4 à 4. Incroyable.
L’affaire aurait mérité une traditionnelle baston générale : et bien, non car les spectateurs des deux bords semblaient satisfaits du résultat et on se congratulait. Et puis maintenant que les équipes se retrouvaient à égalité, le suspense pouvait débuter et on espérait du beau football.

Et nous voilà parvenus dans le temps des prolongations avec une défense de Castagne à la ramasse comme ce n’est pas permis et un Saint-Pargoire, pas meilleur en ses attaques inefficaces. Les encouragements pour les phases de jeu tournaient même à la rigolade et les plus applaudis furent les plus maladroits. Un tir en chandelle, un autre hors cadre et c'était la liesse, un autre bloqué par Norbert et les sifflets fusaient aussi, lorsque Saint-Pargoire s’offrit la victoire par un but d’écart, tous quittèrent le stade satisfaits, heureux même après le spectacle lamentable donné par les équipes, sauf quelques grincheux qui voulaient expliquer la défaite par un supposé arrangement honteux.

Moi, ce que j’en dis, et je pense que cela vous intéressera c’est que, tout compte fait ce qui se passa pendant cette Coupe fit plus pour l’entente cordiale entre les deux villages qu’aucun arrangement entre les équipes n’aurait pu faire …
Oui, mais de par chez-nous certains fâcheux et tous mécréants se plurent à dénigrer Saint-Pargoire et surtout Dieu qui s'étaient associés pour nous voler la coupe car, rappelez-vous :
« Ayant Dieu pour défance, nous ferons résistance. » 

Croire que Saint Pargoire l’Ancien aurait eu les moyens d'acheter Dieu pour l'inviter en 12ème joueur, c'est du grand n'importe quoi ! Tu le vois, toi le Bon Dieu se faire acheter au mercato par un boulot peu fatigant, déserter l'église le dimanche puis mettre un short à l'anglaise, des crampons pour filer sur le stade et jouer aussi mal ? 
Mais, admettons. Dans ce cas, reconnaissez que Castagne-le Pont avait aussi un dieu du stade à son service, notre Norbert.

Beaucoup en furent persuadés : Castagne-le Pont avait bien triché un peu en jouant mal, Saint-Pargoire l’Ancien un peu plus avec Dieu en 12ème homme.

___________

Relu et corrigé par Bernard qui tient à conclure par ces mots :

Montélimar ce 8 août 2016

Mon Gilou, deux mots. Mon texte arrangé comme ça, pourquoi pas mais petite rectification d'importance : ce n’était pas une finale de la Coupe Gard-Lozère mais un match de Championnat, donc sans prolongations. En perdant ou même par un nul, Saint-Pargoire risquait la relégation, voilà pourquoi le jeu ne pouvait qu’être tendu. Suggérer qu'il n'y eut pas d'entente cordiale entre les équipes n'est que foutaises et compagnie. Quoique, l'entente, la cordialité et tout et tout, la morale surtout y trouvent leur compte, et c'est bien ainsi.

Par contre, si je ne retrouve pas tout à fait mon récit, il est vrai que, depuis ce jour les deux populations commencèrent à se fréquenter et nos garçons se liguèrent pour aller avoiner d’importance et sans vergogne les villages voisins dans les fêtes votives et autres bals des samedis soir où j’avoue avoir cogné plus qu’à satiété. Et reçu quelques bonnes branlées aussi en retour.

Je persiste et signe : 5 à 4 pour Saint Pargoire signifie qu’il y eut bien un arrangement nécessaire pour préserver nos Derby en championnat. Sauf que, contre l’avis de l’entraîneur cette petite "amabilité" fit grand tord au foot de Castagne.
Merci quand même et embrasse Ménie de ma part.

                                      Bernard.
                           ______________ 
Correctif : non, Bernard. Ce fut bien une match de Coupe. Certain même si je ne fus pas à Saint-Pargoire l'Ancien ce jour (j'en ai oublié le motif). La preuve fut que je perdis mon pari. Je donnais Castagne-le Pont vainqueur alors qu'il fallait donner le score à la fin du temps réglementaire qui fut 4 à 4. Donc il y eut des prolongations qui n'existent pas en championnat. Amitiés, et merci pour cet écrit. Gilles.
                                                                

lundi 8 août 2016

Je ne parle pas aux cons...


Sachez que, contrairement à Erdogan j’ai appris à me méfier de mon défaut principal, cette paranoïa qui entretenait une rancune tenace qui me pourrissait la vie après avoir compris que, berbère un jour berbère toujours, l’atavisme pour seule cause ne pourrait jamais en être l’excuse. Comme disait Fatima, ma mère :
-Chez nous, les Kabyles on te fera la guerre sans répit pour un rien et pour un dommage gravissime, on te dira : « C’est rien, mon frère, c’est rien ! »
Depuis que j’écris sur mon blog, jamais, au grand jamais je ne me suis abaissé à régler des comptes personnels, ou si peu. J’en serais malheureux, moins pour les mis en cause que pour moi-même et pourtant, dérogeons pour une fois à la règle. Oui, je le sais : une fois encore.

Parce qu’on me lit dans ma ville, j’espère que certains profiteront de la leçon. Voilà donc encore une belle histoire qui prouve que, trop souvent la bêtise s’accroche à la rancune comme le pendu à sa corde, mais cette corde, je jure sur mon honneur que je ne l’ai pas moi-même ni tressée, ni accrochée à l’arbre.

Depuis quelques temps, lorsque j’essaie de discuter ou de vouloir partager un pot à la terrasse de mon bistrot avec des personnes que je considère comme des copains, l’accueil toujours chaleureux se transforme en évitement de regards uniquement lorsque Jean-Balthazar se fait le gardien de la tablée. Je ne suis plus bienvenu :
-Non, cette chaise est déjà prise… oui, celle-là aussi. Par Antoine et Claude. On les attend.
On a bon dos, alors pourquoi insister ? Je pars m’installer ailleurs et, hier soir je m’en ouvris à Américo :
-Peut-être qu’ils sont abrutis. Peut-être pas tous, m’enfin on ne sait jamais. Aurais-tu joué un tour pendable à Jean-Balthazar ? Réfléchis.

Tiens, était-ce celui-ci ou Jean-Charles ? Possible car il me revenait en mémoire une altercation vieille de plus de quinze ans avec un abruti, un Jean-Machin insignifiant dont je ne me souviens pas avoir aperçu ne serait-ce que l’ombre du visage pour la raison que j’étais excédé et que l’affaire se déroulait une nuit de juin dans la sombre cour de l’école laïque et un jour de fête de la Solidarité. Voilà de quoi il retourne. Vous allez rigoler. Ma parole, si je mens !

Une fête qui avait mal évolué terminait toujours l’année scolaire. De mon temps, toutes les classes présentaient des chants, des scénettes avec des décors construits par les enfants et des déguisements pour mieux entrer dans son rôle. Fallait voir les parents !
Mais, mon temps, il y longtemps qu’il est révolu. Puis, l’éducation ayant heureusement progressé, on considéra qu’après l’organisation de jeux pour les petits, les parents s'acheveraient par un bal entre-soi.

Je résidais à l’époque à moins de 20 mètres de l’école et du boucan. Vers une heure du mat, Fanny fatiguée n’arrivant pas à pouvoir s’endormir :
-Tu crois qu’ils vont faire du bruit encore pendant longtemps ?
Il faut savoir que nos jeunes adultes, les oreilles détruites par le walkman de l’époque n’avaient plus aucun sens de la mesure des décibels et mettaient la musique à fond les manettes, avec ces basses démentes à vous tordre le ventre. Atroce.
-C’est la fête chérie. Au Vigan, c’est rare, une fête. Faut bien s’amuser lui disais-je.
Cette dernière phrase était-elle de moi ? Possible quoique j’étais excédé par le bruit si puissant que les vitres mal mastiquées de nos vieilles fenêtres se mettaient à vibrer, mais admettons.  
-Si j’étais moins fatiguée, j'irais bien leur demander de baisser un peu leur sono.
Tu parles ! Message reçu cinq sur cinq.

Ni une ni deux, et parce que Fanny me reprocherait demain mon laxisme, euphémisme pour parler de lâcheté, je sautais dans mon jean et, torse nu et sans chaussures je me faisais fort de me faire comprendre des organisateurs.
Me voila dans la cour pratiquement déserte et plongée dans le noir, tout un couple dansant, pensez, la seule femme du lot, une tournante, va savoir plus une poignée de jeunes gens discutant près de la grande table du fond, un type plus âgé assis à ses platines, tous semblant s’ennuyer fermement. Pas de parents ni d’enfants à l’horizon. Mince alors, c’est devenu quoi, cette fête de l’école ? Une boite de nuit  de 21 heures à cinq heures du mat’ avec plus de décibels que de danseurs et tous déprimés en constatant soudain que la vie marche de pair avec la solitude de la nuit dans un monde qui voudrait bien leur offrir le bonheur par l’oubli du quotidien ?

Le type assis, je ne l’ai pas reconnu mais, quoique étonné, sans plus, de constater qu’on se permettait de mettre autant de musique à fond pour un seul couple de danseurs, je l’interpellais calmement par-dessus la table :
-J’habite à côté. Ma femme revient d’Afrique après un long voyage. Si vous pouviez baisser un peu la musique, ce serait aimable.
Je croyais ma demande raisonnable. Réponse du responsable que tous, sauf moi auront reconnu aujourd’hui à la tablée du bistrot :
-Monsieur, on a l’autorisation de la Mairie.
-D’accord. Mais, jusqu’à qu’elle heure ?
-Jusqu’à minuit.
Je consultais ma montre :
-Il est plus d’une heure du matin. Alors vous allez m’arrêter tout ce machin.
-D’accord, juste un dernier disque et j'arrête.

Sans nul doute pour me signifier son contentement suite à notre accord, le monsieur lança La danse des canards un morceau d’anthologie qui ne dure que 7 minutes, la musique toujours à fond. Mais, qu’est-ce que sept minutes dans toute une nuit même si elle était raccourcie ? Rien. Moi, sorti de la cour, je m’accoudais au garde-fou du pont qui enjambe la Pénétrante, attendant en fumant une cigarette, rasséréné par les bonnes volontés communes. Le DJ, me voyant partir pensait que, tranquillisé j’étais rentré chez-moi.
Curieux qu’aujourd’hui, je me demande encore pourquoi je n’étais pas rentré me coucher.

Chouette, la musique cessa enfin. Je ne fis pas cinq mètres en direction de la maison quand Procol Aroum hurla son A Wader shade of pale. Un hurlement alors qu’on aurait du s’attendre au silence promis par l'autre abruti ou à une musique plus douce, comprenez, comme pour un slow langoureux. Mais, non ! Je t’en foutrai, moi, de la musique à fond.

L’avait pas bien compris cet animal de responsable de ce qui risquait de lui arriver sur son vilain museau. Ni une ni deux, dans l’état que sans doute il espérait, je me dirigeais vers sa table, cette fois entourée de toute sa Jeune Garde, pensez la Solidarité était proche du Parti Communiste viganais, de mon temps.
Je me bloquais devant lui, le pied droit armé à pouvoir le projeter par dessus la table et voilà pourquoi je le regardais de biais pour ne pas l'inquiéter. Quel salopard ! 

-Je ne crois pas que tu m’as bien compris. Ton foutoir, tu me l’arrêtes tout de suite si tu ne veux pas que je te plante quelques bons coups de pieds dans ton ampli, à commencer par les enceintes. Compris ?
Faut dire que l’autre a eu une réaction incroyable :
-Je ne croyais pas que vous soyez comme ça !
-Ah, ouais ! Vous soyez comme ça... j'ai pas bien entendu ! T’as raison, je suis pire parce qu’après ton matériel, je te pète la gueule, espèce d’abruti. Et ne pense pas que tes copains me font peur. Alors, arrête de me gonfler. Je m'en vais, et gare à toi si je reviens.

Voyez-vous, cet épisode je l’avais oublié. Et je ne savais même pas la tête de l’abruti de service dans mon histoire. Mais, comme c’est humain il a dû renverser les rôles pour me faire passer pour un beau salaud, agressif en contant à sa façon cette histoire à mes copains qui, eux pas futés pour un sou l’ont gobée. Et, hop ! Merci les mecs, on se paiera encore des pots ensemble !

Comme j’aurais bien aimé que les Jean-Pierre, les Claude et les Jean-Foutre montrent un peu de courage pour me demander ma version, j’en tire la conclusion qu’il me faudra leur refuser, à dater de ce jour mon bonjour et les dispenser de ma charmante présence.
Comme je l’affirmais plus haut, la rancune ne me tenaille plus et si, à l’occasion ils voulaient quelques explications sur les choses à ne jamais faire lorsqu’on se pense être un honnête homme alors, sans doute reverrais-je ma position. Pas avant.

Mais, cette histoire importe-t-elle ? Pas le moins du monde, mais les bons comptes font les bons amis.