jeudi 18 juin 2015

Lobo et mes 20 piges - 5


Le juillet 65 de mes 20 berges ? Le plus beau de ma vie où je m'ébrouais pour partir en Angleterre. Trois semaines de stop avec Markus, mon pote. Et, quel été ! Le plus froid depuis 111 ans, avec en prime la traversée de la Manche en pleine tempête, à vous dégoûter du métier de marin.
Ou était-ce au retour, cette fichue tempête ? Faudra que je vérifie auprès de Markus…

Pardon ? J'ai aimé le Royaume-Uni avec, en prime, un froid de canard en plein été, le soleil aux abonnés absents, le gris-souris en permanence. Alors, pour me décrasser, je comptais sur l'hospitalité des anglais et, depuis, j'aime ce peuple accueillant.

Par contre, je ne vous raconte pas l'Ecosse et cette rivière. Brrr ! Si, je raconte ? Bof ! Markus m’affirme que je ne m'y suis pas baigné. Enfin, il le dit… Oui, et pourquoi pas, et qu'importe ?
Rompons-là et admettons. Je vous l'accorde : oui, seul Markus, qui nageait comme un plomb au fond de l'eau, avait sauté dans cette rivière d’Ecosse, un jour de froidure et de grisaille à vous faire regretter tous les midis du monde.

Après ? Direction : le pub du village pour se réchauffer avec nos écossais qui nous offraient des pintes de bière avec l'espoir d'entendre chanter des français. Je vous le jure. 
Imaginez le Markus qui n’apprendra le chant qu’à la Légion Etrangère malgré ses oreilles cassées par les coups de marteau des fusils Mas 36, Mas 49, Mas 49-56 et autres engins de mort.

Et, s'il vous plaît, n'oublions pas cet éblouissement de la fin juillet de mes 20 berges quand je découvre l’amour fou. Un 23 juillet 1965, si je ne m’abuse. Et, là, dans l’amour, le plus bêtement du monde, je m’y plonge tête la première, à m’y noyer. Du lourd, cette douche, cette impression, sensation… 
Mais, comment dire, et qui saura dire ? Euh ! Oui, mais quel choc.
Et Lobo resté au Vigan à se morfondre avec maman Fatima.

Puis, vint l’automne humide et le long hiver, en sursitaire inactif.  J’avais passé mon conseil de révision depuis longtemps et m'ébrouais à nouveau. Mince, alors ! J’aime, j'aime, j'aime. Je suis aimé. Halte-là : il faut d’urgence devenir homme.

Pour devenir un homme, à l'époque, il suffisait de passer le conseil de révision, d'effectuer son service comme tous les copains de sa "classe", puis de trouver un job à sa mesure, moi qui ne savait rien faire de mes dix doigts, afin de prendre épouse.

Bon... Va pour l’armée qui me révèle, dans la foulée que, pupille de l’Etat, je ne suis pas astreint au service militaire.
-Non, mais ! Pardon ? Je suis français et je veux payer l’impôt du sang !
Par trois lettres recommandées, j’exige l’Allemagne et l’Armée de l’Air.
-D’accord pour l’Armée de l’Air. A Nîmes-Garon, répond la Grande Muette.
-Pas d’accord, messieurs les militaires !

L’Armée Française m'octroie une fleur avec l’Allemagne et Freiburg im Bresgaü, mais en février avec, en prime, le Rhin, la Forêt Noire, le froid et l'humidité des hivers allemands, mains collées à l’acier de la MAT 49.
Après les "classes", ce sera l'école de la Météo en France, avant dernier sur 35. Aussi, il ne restait plus que deux choix possibles, dont Metz. J’ai laissé Réggane à un pote qui avait mis en cloque (enceinte) une nana et se tirait en loucedé (en douce, quoi), à la truand mais moi, j’avais la morale bien friable, en ces temps-là).

Oui, mais non ! Vous décriez l'Armée ? Mais, c’est bon pour former un homme, lui apprendre les rudiments de la vie sociale et surtout à fermer sa gueule, à obéir comme un bon travailleur, à commander comme un patron, à être à l’heure, à respecter l’autre comme un type bien, responsable, à fumer comme un abruti, à se saouler en ivrogne, à se bagarrer comme un fort des halles, à baiser comme…  comme un homme ? 
Peut-être pas tout à fait comme un homme, quoique, un homme, c'est un homme ! Enfin, disons tout simplement : à baiser !

Enfin, un homme, il fait ce qu'il peut. Et, si ça plaît, pourquoi pas ?
Et, à l’Armée, on a des potes, c’est génial mais on s’y ennuie ferme, quoi que l’on veuille bien en dire des années après.

Résultat ? Je me languissais de mon chien Lobo. Mais, que faire ? Pardon ? Vous aussi vous l’auriez fait ? Menteurs, va !

mercredi 17 juin 2015

Le vin de noix !


Messieurs, à vos noix !...

... car c'est le moment ou jamais. Pour quoi faire ? Mais, pour confectionner le vin de noix prisé de toutes maisons cévenoles. Vous ne le tirerez point cette année et, ainsi, il n'en sera que plus gouleyant après la période hivernale !
Certains, plus pressés que connaisseurs voudront ranger leur vin au réfrigérateur pour se le siphonner bien trop tôt, iconoclasme que nous ne recommandons pas.

Ici est la recette de René BOUSCHET (R&B) qui le dit bien : 
-« Pour moi, c’est déjà fait ! »
Oui, René, à nous complaire il fallait bien que tu nous les brises menu-menu, ces noix !
                    
Vin de noix

Ingrédients (pour environ 5 bouteilles de 75 cl):


- 3 bouteilles d'excellent vin rouge de 75 cl,
- 40/45 noix vertes avec leur coque (cueillies entre le 15 et le 30 juin - la tradition dit : " le jour de la St Jean ",
- 5 clous de girofle ou un petit bâton de cannelle,
- 2 gousses de vanille (à ouvrir verticalement avec un couteau pour que la pulpe soit bien en contact avec le liquide),
- 1 litre d’alcool de fruit 40-45° (dans toutes les grandes surfaces) … ou de vraie "  blanche "  de distillation " pirate " à 80-90° (si vous avez la chance d’en trouver encore !) à couper à 50 % (50 cl de "  blanche ", 50 cl d’eau plate pure),
- 1 kg de sucre en poudre.

Préparation:

- Couper vos noix en 4 (ne pas hésiter à mettre des gants de ménage pendant l’opération,
  sinon vous en avez pour 2 semaines de mains jaunies par le tanin des noix !)
- Mettre les morceaux dans un toupin en terre vernissée (ou grand bocal) avec tous les ingrédients cités plus haut et poser une assiette sur le dessus du toupin qui fera office de bouchon. Bref : ne pas fermer hermétiquement
- Laisser macérer 2 mois en remuant de temps en temps à la cuillère de bois pour bien dissoudre le sucre 
- Après cette période, filtrer au chiffon, mettre en bouteilles, boucher hermétiquement et
  tenir au frais dans une pièce sombre.

Consommation:

- Attendre 1 an avant de déguster... Plus vieux, avec modération, en belle et bonne compagnie, meilleur le vin tiré sera ! 

mardi 16 juin 2015

Il était une fois Lobo - 4


Dès mes 11 printemps, je vivais normalement sans me rendre compte que, comme au Casino, rien n’allait plus dans ma vie : je ne savais pas qui je serais pour la simple raison que je ne savais pas qui j’étais, et la chose s'accentua à mes 14 ans.

Pardon, pardon encore, mais quelqu'un avait décidé, à ma naissance, que je serai un autre que celui que j’aurais dû devenir : on avait tout chamboulé, de mon nom à mon existence sans que moi-même, ou ma mère, n'en aient été valablement informés.
Réfugiée à Tizi-Ouzou, ma mère, Fatima fut chassée de son village et de sa maison par les gentils croyants de ma parentèle qui, par là, montraient tout l’amour et la compassion qu’ils ressentaient pour leur famille, le genre humain, la veuve et l'orphelin, en particulier.

Aussi, plus rien ne pouvait avancer dans ma vie d’adolescent et je ne pouvais m'autoriser aucun avenir tant que personne ne voulait se découvrir pour me raconter ma propre histoire personnelle : avais-je été apporté par une cigogne algérienne, né dans les courgettes, tombé du camion comme on le faisait pour pouvoir déguster les pastèques éclatées, abandonné malencontreusement ou déclaré à la Mairie en toute illégalité par un officier d'Etat-Civil faisant foi ?
Bien le bonjour, Madame la France, les choses commençaient bien pour moi !
 
Mais, nom de Dieu : qui étais-je ? Et qui serais-je ?

Aussi, pour commencer à pouvoir réaliser que j’étais mal-existant, et donc mal-étant, il me fallait découvrir le responsable de ce tour de salaud qui m'aura déclaré né de père et mère inconnus, incongruité que je révèlerai vers mes 11 ans à ma mère Fatima, Fatima qui ne se pouvait désormais plus jamais pouvoir prétendre être ma mère à la suite de cette déclaration plus qu'intempestive de missionnaires aimant son prochain comme soi-même.
Enfin, comme dit en toute charité chrétienne.

Et puis : quel était le but de la manœuvre ? Faire de moi un français à part entière en me sortant du statut de l’indigénat ? Parier sur les bienfaits d’un abâtardissement "légal" inéluctable préférable, en nôtre toujours « colonie » algérienne, pour ne pas tomber sous la loi « islamique » autorisée par l’Administration ?

Me voulait-on bâtard et français en espérant, ou en pariant, que ma mère ne pouvait pas ne pas m’abandonner ? Et pourquoi ne pouvait-elle pas ne pas m’abandonner ? Ah !
Et pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ?
Me voulait-on voir sombrer dans la folie à élaborer tous scénarii plus qu’improbables, complètement dément… les élaborer seul, sans garde-fou à cette schizophrénie pas si anormale que cela, parce que ni heureux ni malheureux ?

Pardon... vous ne comprenez pas ? Mais c'est d'un simple : j'étais heureux d'être français, et malheureux d'avoir un nom-prénom français qui, en raison sociale, disait à tous que j'étais un bâtard.

Un fou, donc j'étais et qui ne le savait pas puisqu’il ne pouvait pas ressentir normalement la douleur des choses de la vie. Et n'en souffrait pas. Et ne se mesurait pas à l'aune de l'autre car il refusait de communiquer sa détresse, parce qu'il ne souffrait pas, ne pouvait la ressentir tant elle était immense.  
Etrange, me direz-vous ? Non : la vie n'est jamais folie, encore moins pour le fou qui ne le sait pas. Mais lorsque la douleur est trop grande, elle s'efface tout naturellement.

Lobo arriva à point pour m’empêcher de sombrer parano à toujours poser ces questions auxquelles personnes, et surtout pas ma mère ne voulaient ou pouvaient répondre, et où tous pariaient que je me lasserai dans ma quête de cette recherche de la vérité.
Lobo, mon chien fut-il mon remède à la folie ? Possible, mais pas que lui.

Même ma mère "illégale", Fatima, l'auteur de mes jours et de ma folie m'aura aidé, comme la lecture de tous philosophes, romanciers et historiens que je dévorais sur ma route, et mon ami Andros, et Marinette et de son restaurant, et Ahmed, le serveur à qui j’apprenais à lire et écrire, pendant mes vacances au Vigan, et le Collège Cévenol et mes correspondants Etienne et Suzanne, et mon prof de Math, Mr PARKER puis, plus tard, mon prof d’H-G de Daudet à Nîmes qui me poussera à l’alphabétisation des réfugiés espagnols… oui, dites : qui m’aura le plus et le mieux soigné à mon esprit défendant ? 

Et que dire des Missionnaires MANZ, Dora et surtout Berthe qui m'annonça que ma scolarité au Collège Cévenol avait coûté la bagatelle d’une Dauphine RENAULT, tout en me supportant, simplement ?

Et mon Lobo, à qui je n’ai jamais rien confié de ma vie, je vous le certifie, Lobo m’aimait et me consolait, Lobo toujours aussi abandonnique et qui s’attristait à m’attendre, ne supportant pas de ne pas être en contact permanent avec son papa, Lobo à qui, avec Andros, nous apprenions à « chanter » à la rivière, Lobo toujours à me suivre et me défendre, Lobo, mon pote, mon copain, mon alter-égo.

Oui, ce fut Lobo qui me sauva, à mes dix-sept ans. Et, de ma vie, l'embellit !

mardi 9 juin 2015

Lobo, Enfant-Roi - 3


Lorsque, aux vacances de Noël 1963 mon chien arriva dans le Midi, ce fut le plus beau cadeau pour tous les petits de la Mission.
Même Fatima qui, comme tous les berbères divisait le monde en parties inégales, avec en haut de chaîne la maisonnée, la parentèle, les biens, les animaux très utiles, et en bas de l’échelle, tous parias plus que nombreux pour elle, dont les étrangers, et pour clore le chapitre, les chiens, Mémé voulut bien accorder une place de choix à Lobo, celle de l'enfant dernier-né, ce bâton de vieillesse mal élevé parce que trop aimé par ses parents.

On ne peut comprendre la berbérité sans le rapport très étroit du chien à l’homme, à la femme, à l’enfant puis, pour clore le sujet, du chien à la pierre et à la nourriture. 
Le chien berbère, toujours grand, jaune, efflanqué est réputé peureux. Sa maigreur et ses peurs tiennent au fait qu’il est nourri plus que chichement et, parce qu’abreuvé largement de coups de bâtons et d’insultes par les maîtres de maison, de crachats et de jets de grosses pierres par tous les gamins rencontrés sur son chemin, l’animal est devenu craintif comme ce n’est pas Dieu possible ce qui le rend particulièrement dangereux, et c’est pourquoi il ne fait pas bon lui tourner le dos. 
Cette mauvaise réputation du chien berbère est devenu une sorte d’atavisme créé curieusement par l’homme et concerne tous les chiens de Petite et Grande Kabylie malnutris et mal élevés. Tous ?
Oui, tous, sans exception aucune.

Jugé nécessaire et utile à la garde du foyer ou des troupeaux, le chien berbère ne se hissera pourtant jamais au rang de l’âne, encore moins du mulet ou du cheval et, considéré comme impur, il couchera toujours hors du gourbi et n’y entrera jamais, contrairement aux autres animaux de la ferme, la volaille mise à part.

Maman Fatima fit une exception pour mon chien Lobo qu’elle ne considèrera jamais autrement qu’en petit-fils, l’amazouz de son amazouz, Gilino.
Voila pourquoi, Lobo couchera sur un lit à coté de mémé Fatima, goûtera aux meilleurs morceaux, qu’elle lui octroiera de sa propre main, chose incompréhensible pour tout bon berbère qui se respecte. Pour la remercier, Lobo lui fera l’honneur de l’accompagner volontiers visiter ses commères marocaines et algériennes dans les promenades des après-midis, seules entraves à sa liberté qu’il acceptera de bonne grâce, marchant au pied, sans tirer sur sa laisse.

Il faut encore savoir que Lobo, grandissant en force et en beauté ressemblait toujours plus à un gros ourson brun et avait la réputation de n’être pas commode : la conduite d’un tel chien, délicat à mener, faisait la fierté de ma mère, Lobo ne se faisant gentil toutou que dans ses randonnées avec elle ou avec les petits.

Lobo couchait donc avec maman Fathé, se levait tôt matin avec elle puis faisait tous les allers-retours journaliers plus que nombreux pour accompagner les enfants de la Mission sur le chemin de l’école.

Le bon animal ne voulut plus jamais garder que sa gamelle, sa mémé et les petits de la Mission, satisfaisant pleinement au seul rôle d’accompagnateur bienveillant qu’il s’était assigné.
Toutefois, il ne faisait pas bon inviter Lobo à jouer au football : en grandissant, sa gueule et ses crocs redoutables auront crevé moult ballons, au grand dam de Jem’s et de tous les petits.

Et, Lobo se laissait vivre, attendant que son petit papa ne revienne du Collège Cévenol pour Pâques et les grandes vacances pour, ensemble, aller à la rencontre des minettes sur le chemin de la rivière, vers ce grand collecteur d’égouts de la vallée pas encore devenu la Riviera-Cochons que nous connaîtrons 50 ans plus tard, et pour le plus grand plaisir de nos touristes qui n’en demandaient pas tant.

Depuis lors, chaque été, Lobo me suivra aussi bien au Café des Fleurs le soir pour ma partie de tarots, qu’au café de l’Univers pour la belotte, ou chez les frères Fulcran assister, en auditeur libre aux séances de cinéma, le cul bien calé sur son fauteuil de bois dur, profitant largement des courts métrages, prisant tout ce qui touchait aux animaux et, le plus souvent, se promenant sur le chemin de la rivière pour finir par sauter les 3,50m de la cascade de Rochebelle pour s'en aller rejoindre son papa dans l’eau.

Reconnaissons encore à Lobo un sacré talents pour donner un bon coup de main à son Papa pour mieux approcher la fi-fille estivale au bal du café de la Gare, le café branché des minettes et des minets.
Oui, pour s'en aller draguer les filles estivales… et même l'estivante, il suffisait qu'elle soit fille, et belle. Les moches aussi ? 
Les moches aussi ! On peut dire, sans paraître goujat ? 
Enfin, je me comprends : le tout n’est que pour mieux désigner les nanas de mon âge et d’antan, de celle de l’époque où toutes voulaient ressembler à Bardot, ces joliesses qui tant m’intéressaient, me mettaient en émoi en m’empêchant d’avoir une scolarité et une sexualité épanouies. 

Et, dire qu'il y avait belle lurette que j’avais bousillé le beau vélo rouge de mon Certificat d’Etude offert par ma mère et que je ne me satisfaisait plus d'aller visiter Blanche-Neige, le cul de Loule posé sur le porte-bagage.

Sacré Peugeot, va ! Un costaud, au vu du poids de Loule. 

Mais, que sont toutes ces nanas d’antan devenues ? C’est à se le demander ! Disparues avec nôtre jeunesse, que c’en est grand dommage pour nôtre humanité...
Ne trouvez-vous pas ?