dimanche 24 juin 2012
En grève de la faim !*
Illustration de René BOUSCHET.
Dimanche 24 juin 2012.
7heures 30. Petit déjeuner servi (eau chaude au matin dans le couloir, sur charriot).
J’ai donné deux crèmes et du café à Mounir, un jeune marocain, très jeune et très basané. Ce sera, à n’en pas douter, mon ami. Je le sais ! Seul Dany est au service..
Question délicate : comment les détenus savent-ils qu’un tel ou un autre est un pointeur ? Suis-je moi aussi déclaré pointeur, parce qu’à l’étage des-dits ? Faut voir. Et savoir !
-Une cellule, seul ? C’est la loi ? Nous n’avons pas. Non fumeur ?… Cela ne vous fait rien si je vous mets avec des pointeurs ? dit le capitaine.
En promenade, hier, j’ai rencontré Xavier qui fait partie des Indignés. Super intéressant, se plaint des déficiences de son niveau scolaire. Intelligent, militant, cultivé en diable, une rhétorique extraordinaire, un dialecticien.
Quel plaisir de le rencontrer. Je lui conseille d’écrire pour ne pas perdre l’histoire du mouvement, les avancées des idées, les noms des participants actifs, faute de quoi, c’est à nouveau une bibliothèque brûlée. Alors, ce mouvement ne serait qu’une jacquerie.
Mal dormi à cause de douleurs musculaires. Hier, avec mon copain l’Indigné, avons suggéré à un type solitaire en cour de se doucher et de se laver les dents, d’être présentable et de ne pas faire cas des provocations. Tous le traitent de pointeur.
Michaël mon colocataire porte un bob blanc en promenade. Cela lui va bien. Ce jour, je cours encore, éperdu, nu-pieds. J’aime çà.
Ce soir, nouvelle faiblesse. Ma course est handicapée. Fatigue générale incompréhensible. Pourtant, la prison me va bien au teint. J’ai les cheveux plaqués en arrière, je me trouve beau, me sens bien. J’ai un peu maigri. Je n’ai plus cette amertume désagréable dans la bouche.
Même jour un huissier en prison…
Rencontré un huissier en prison. Cela ne me rassure ni ne me fait plaisir. Est-il huissier ? Est-ce important ? Des caillebotis interdits par la Cour européenne sont aux fenêtres.
La Maison d’Arrêt pour les prévenus, les « appelants », les mis à disposition de la Justice ne prépare pas à des ajustements de peine. Le CD (Centre de Détention) : Prisonniers condamnés à de petites peines prépare à la réinsertion et met en place des réductions de peine.
Pour les grosses peines, ce sont les ……….
_______________
Les caillebotis aux fenêtres mesurent environ 3cm sur 3,5cm. Procureur et Jap doivent passer régulièrement et signaler leurs permanences. Peut-être !!!
Ce jour, on m’a refusé le dessert que je voulais offrir à Mounir :
-Tu fais la grève de la faim…
Akim et mon Pote (qui est bien colère contre moi) me punissent : ils me protégeaient, m’offraient plus qu’aux autres pour faire plaisir à ma fille. Ils se disent floués par ma grève de la faim. Pour me faire chier, mon Pote me dit que Julie est au courant. Ce qui est faux, je le saurai plus tard.
Daniel, le gentil boxeur a fait une grosse connerie qui l'a mené en prison. Merde ! Faudra qu'il paie.
Pour l’ennuyer, je dis à mon Pote qu’en me refusant ce dessert, il m’encourage à continuer la grève.
-Et, quand tu es parti là-dedans, difficile d’arrêter. C’est une folie. Tu comprends ?
Aujourd’hui, contrôle des cartes. Belle gardienne. A mon goût. Et salaud de Michaël qui lui a dit un jour que j’étais en promenade :
-Madame, mon codétenu est raide dingue de vous.
Depuis, elle n’ose plus me regarder dans les yeux. Puis, une fois, elle m’a dit que je devais mettre un vrai pantalon. Pas un pyjama :
-Mais, Madame, un pyjama n’a pas de poche. Celui-ci en a deux, mais, il est vrai qu’avec le pantalon de mitron que je porte (marron raté strié de fines rayures marron et noir) je n’avais pas compris qu’aucune belle dame ne tomberait jamais amoureuse de moi!
Me suis coupé avec le verrou, ce matin. Faut savoir que lorsque le gardien t’ouvre, il redonne un tour de clef, porte ouverte, et le penne dépasse. C’est une de leurs mesures de sécurité, pour éviter de se faire enfermer par un détenu malintentionné.
Cet après-midi, ai pris 2 dolipranes pour mes douleurs musculaires.
Même dimanche 24 juin… Les sanglots longs de l’été monotone…
24 juin 2012. Et si j’arrêtais ma grève de la faim ? Attendre le lendemain. Continuer ? Pour quoi faire ?
Me refuser mes plats comptabilisés par l’Administration est un délit. On ne doit pas encourager un gréviste de la faim ou l’y contraindre.
Je ne ferai pas chier Daniel et mon Pote mais je leur dirai qu’ils sont des délinquants.
Salopards. Ils gardent ainsi ma part. Comme c’est moi qui leur signifierai ce grave manquement à la loi, cela les ennuiera. Rien qu’à voir leurs yeux incrédules, genre :
- Gillou, tu te foutrais pas un peu de nous?
-Non Dédé, non Dany. C’est puni par la loi !
Antoine, le solitaire, va mieux. Mais, toujours seul. Il était propre ce matin. Manque les dents à récurer.
Irons en promenade, avec Monsieur Michaël. Avons décidé de nous tutoyer mais, à chaque rencontre de nous vouvoyer et de nous donner du « Monsieur » ! Quel plaisir.
Ils ne m’ont pas mis en prison. Mais en grève. Et en colère! Pour une dent, la gueule. C’est la loi d’Al Capone, ici en Maison d’Arrêt, la vengeresse, la salope.
La Télé a sauté. C’est grave. Ma belle gardienne a remis en marche.
Mon jeûne doit se rompre un jour. Si on veut me le faire interrompre, il suffit de me laisser de la nourriture dans mon écuelle, peu par peu. Je ne suis pas jeune. Mais jeuneur. Cette idée me plaît. Pourquoi ? Va savoir.
Pour rigoler avec Michaël, on dit qu’on est un jeune couple, dont l’un jeûne et l’autre l’est. En pleine lune de miel. Qu’on ne peut consommer ni l’un ni l’autre ! C’est évident.
Mon beau Dany, mon neveu m’a donné mon dessert. Royal Dany, tu es. Je le donnerai à Mounir demain.
J’ai fait une lettre au Procureur pour un vieux des Salins du Midi qui aura obtenu le bracelet électronique : 8 mois à faire, mais çà bloque. Et puis, c’est son problème. Une lettre pour régler une situation. Ou la dérégler ? Va savoir. Quand, les choses ne vont pas en prison, c’est toujours grave. Pas d’urgence en zonzon. Viens voir, et tu verras.
Un capitaine de service me dit :
-Votre grève est bête ! Réponse :
-Même la vie est un combat sans espoir. La preuve, on meurt.
A-t’il compris cette bonne belle saillie philosophique ? Rien n’est moins sûr ! En Prison, on ne parle pas de traits, de remarque : un seul mot à l’honneur, la saillie !
Je me suis découvert un hématome près du sein gauche. Grosseur d’une pièce se 0,1 euro. J’ai demandé du papier à lettre. Et signalé que ma savonnette sentait la merde. Faut attendre demain.
Ils m’ont foutu en grève, et donc je suis leur indigent. La belle affaire.
mercredi 20 juin 2012
Aux Pointeurs !*
Maison d’Arrêts de Nîmes. 20 juin 2012.
Montée au Premier Etage dit des Pointeurs. Là, est la vraie prison !
Montée au Premier Etage dit des Pointeurs. Là, est la vraie prison !
Aujourd’hui, j’ai été transféré des Arrivants à ma nouvelle chambre. Je
remplace momentanément un vieux de 82 ans qui se fait opérer des yeux à
Toulouse. Mon codétenu est plus âgé que moi. Au retour du vieux, j’irai
ailleurs.
Nous sommes deux par cellule, parfois trois, avec un dormeur par terre. Avant de partir des arrivants, j’ai eu le temps de prendre les coordonnées de Rmissi et d’Olivier, mes potes.
Ma nouvelle cellule est une des seules qui ne permet pas la combinaison de trois détenus, les 2 lits n’étant pas gigognes.
Avant mon affectation au 1er étage, un capitaine me reçoit et me demande si je suis suicidaire. C’est bizarre : le substitut m’a demandé la même chose, à Alès !
-Comme tout le monde…
Nous sommes deux par cellule, parfois trois, avec un dormeur par terre. Avant de partir des arrivants, j’ai eu le temps de prendre les coordonnées de Rmissi et d’Olivier, mes potes.
Ma nouvelle cellule est une des seules qui ne permet pas la combinaison de trois détenus, les 2 lits n’étant pas gigognes.
Avant mon affectation au 1er étage, un capitaine me reçoit et me demande si je suis suicidaire. C’est bizarre : le substitut m’a demandé la même chose, à Alès !
-Comme tout le monde…
Qui a pu inventer une telle connerie ? Mon ex-gentille, le Substitut ?
-Dépressif ?... Non, mon capitaine. Faire du mal à quelqu’un mais pas à moi, ça oui !
Même Capitaine :
-Seul en cellule ? Pas possible, PATRICE. Non fumeur ? Cela ne vous gêne pas d’être avec des pointeurs ?
-Dépressif ?... Non, mon capitaine. Faire du mal à quelqu’un mais pas à moi, ça oui !
Même Capitaine :
-Seul en cellule ? Pas possible, PATRICE. Non fumeur ? Cela ne vous gêne pas d’être avec des pointeurs ?
L'Officier n'arrive pas à dire "Monsieur PATRICE". Il
est berbère, comme moi, mais plus jeune !
Je me suis sali avec ma réponse :
-Non mon capitaine. J’avais peur ! J’aurais dû l’envoyer bouler. J’étais en colère contre moi de me sentir lâche. Et d’avoir peur qu’il ne me place avec les animaux.
Donc, j’allais provisoirement remplacer un vieux hospitalisé à Toulouse.
Je me suis sali avec ma réponse :
-Non mon capitaine. J’avais peur ! J’aurais dû l’envoyer bouler. J’étais en colère contre moi de me sentir lâche. Et d’avoir peur qu’il ne me place avec les animaux.
Donc, j’allais provisoirement remplacer un vieux hospitalisé à Toulouse.
Premier étage : les vieux, les malades, les dépressifs, les très fous, les sexes, les
français, les à-protéger et les pointeurs arabes qui ont "pointé" des arabes, tous ostracisés par le nom même de l’étage dit "des pointeurs".
Deuxième étage : les jeunes et tout-venant. Et aussi des pointeurs qui ont pointé.
Troisième étage : les arabes et gitans habitués. Et les pointeurs arabes qui ont pointé des pas arabes.
Quatrième étage : les longues peines et les assez-tranquilles. Et encore des pointeurs.
Deuxième étage : les jeunes et tout-venant. Et aussi des pointeurs qui ont pointé.
Troisième étage : les arabes et gitans habitués. Et les pointeurs arabes qui ont pointé des pas arabes.
Quatrième étage : les longues peines et les assez-tranquilles. Et encore des pointeurs.
Mon arrivée aux Pointeurs a été extraordinaire. Faut savoir que, chaque
fois que tu te déplaces dans la Zonzon, tu traînes tout ton barda : couvertures,
draps, oreiller dans la housse bleue du matelas. Plus des sacs plastique avec tes
affaires (fringues, couverts, nécessaire de toilette, courrier...). Un clodo,
quoi.
C’est impressionnant comme le pointage inquiète plus la Justice que les
ivrognes qui tuent au volant, mutilent tout un chacun en allégria, les méchants
qui font du home et car-jacking, les petits malfrats qui violent dans les
tournantes des cités, les dealers qui font accro le tout-collége et
l'over-dosent.
Sans compter les cambriolages qui tournent mal, et les petits vieux qui se font voler toutes leurs maigres économie, qui en pleurent, et ceux qui rackettent et empêchent les petits locataires d’user en bons bourgeois de leur logement HLM.
Sans compter les cambriolages qui tournent mal, et les petits vieux qui se font voler toutes leurs maigres économie, qui en pleurent, et ceux qui rackettent et empêchent les petits locataires d’user en bons bourgeois de leur logement HLM.
Quant à la délinquance en col blanc, la délinquance des pollueurs, des
gros, les escroqueries de millions et milliards, rien à cirer. Les gros bonnets
de la drogue et les fonctionnaires qui escroquent l’Etat à tour de bras, où
sont-ils ? En prison ? Oh que non !
Que des RSA et des Cotorep. Que des jeunes et des retraités "francaouis" pas malins. Et arabes et gitans.
Pour ce qui est de nos politiques. Alors-là ! Inconnus au bataillon.
Pour ce qui est de nos politiques. Alors-là ! Inconnus au bataillon.
Donc, le système carcéral te transfère d’un endroit à l’autre sans autre
forme de procès, en une demi-heure. Tu stresses. Tu arrives dans un couloir (en
prison, le couloir a son utilité distributive).
C’est l’heure du repas. 11h 45. Ce mercredi 20 juin 2012.
C’est l’heure du repas. 11h 45. Ce mercredi 20 juin 2012.
Et, j’entends pratiquement gueuler :
-Patrice, Patrice ! Patrice, c’est qui ?
-C’est toi Patrice ?
Il me fout la trouille, ce c...!
-Ben.
-C’est toi Patrice ?
-Oui !
-Guillaume m'a demandé de t'accueillir au mieux !
-Guillaume ?
-Patrice, Patrice ! Patrice, c’est qui ?
-C’est toi Patrice ?
Il me fout la trouille, ce c...!
-Ben.
-C’est toi Patrice ?
-Oui !
-Guillaume m'a demandé de t'accueillir au mieux !
-Guillaume ?
-Mais si, tu le connais. C'est le copain de Julie, ta fille... Ta fille !
Le videur de la boite de pédés !
Effectivement, je l’avais rencontré chez ma fille, à la crémaillère. Un gentil gars. Chauve, marrant.
Effectivement, je l’avais rencontré chez ma fille, à la crémaillère. Un gentil gars. Chauve, marrant.
-Tu vois ce type, ouais ? On t’emmerde, il te démerde.
Dédé me montre une montagne souriante : Akim. Tu le vois, tu sais que ce sera ton ami à la vie, à la mort. Je savais que je n’étais pas seul.
Dédé prendra soin de moi pour tout : il me donne le rab de sauces, de café, de sucre, et une pomme.
Dédé me montre une montagne souriante : Akim. Tu le vois, tu sais que ce sera ton ami à la vie, à la mort. Je savais que je n’étais pas seul.
Dédé prendra soin de moi pour tout : il me donne le rab de sauces, de café, de sucre, et une pomme.
Ce c... de Dédé a failli me faire pleurer. Dédé mon ami. Faudra que
j’aille remercier ce videur que j’ai rencontré chez Juju à sa pendaison de
crémaillère, début décembre 2011.
Manque de pot, Dédé me fera plus tard la gueule quand il apprendra que
j’avais entamé une grève de la faim depuis l’avant-veille au soir. Il n’a pas
apprécié de m’avoir gavé comme un coq en pâte. Et quand Dédé est en colère, il
a la rancune tenace, faut le savoir.
________________
Première promenade aux Pointeur cet après-midi. J’y rencontre Pierre,
ancien compagnon de Mimi. Son autre compagne, une boiteuse a traité ses
enfants de bougnouls. Un coup de poing, un angle de table. Elle meurt. En
préventive. Anxiolytiques. Pierre a grossi. Il est en danger dans cette Maison
d’Arrêts parce qu’il tape des clops et n’a pas les moyens de rendre. Les mecs
le traitent de pointeur. J’ai rectifié la position :
-Non, Mounir. C’est mon beau-frère. Pas un pointeur. Crois-moi !
Depuis, on n’ennuie plus Pierrot.
Depuis, on n’ennuie plus Pierrot.
__________
Le dessin de René BOUSCHET (R&B) :
-En tout cas, aux pointeurs ils ont chaud !
-Vouiiiii ! Au cul !
Le dessin de René BOUSCHET (R&B) :
-En tout cas, aux pointeurs ils ont chaud !
-Vouiiiii ! Au cul !
lundi 18 juin 2012
Un procés spécial, Mr Substitut*!
Dessin de René BOUSCHET (R&B).
Lettre à Julie PATRICE, ma fille.
signé : E : 22352 -C : 2 (E = écrou. C = Cellule).
18 juin 2012. Ma jolie, here we are. Ta seconde maman a réussi à me faire mettre en taule. Bête comme elle est, c’est à pleurer de rire. Faut savoir qu’après mes deux gifles, son escapade à la neige avec son amant pour fêter ses 65 ans, elle m’a proposé de reprendre la vie commune et de lui pardonner. Le 6 février devant ma soeur et Américo. Pourquoi faisait-elle cela ? Va savoir !
En ce qui concerne la prison, pour l’instant, je suis avec un copain qui n’a mis qu’une gifle à sa femme : un an ferme. J’ai de la chance. J’aurais dû avoir deux ans car deux gifles !
On a la douche en cellule mais on me rassure : après quelques jours, je serai placé dans des piaules plus peuplées, sans douche.
Mon moral n’est pas au beau fixe, surtout que le capitaine de l'accueil de la pénitentiaire m'a laissé espérer que j’aurai 8 mois à tirer. Même si je travaille* pour cantiner pour réduire ma peine.
Ici, je fibrille assez. Il fait chaud. Pas bon pour ma santé. Et le défibrillateur est à Pétaouch’nock.
*Ndlr : travailler en Maison d'Arrêt est quasi impossible pour les petites peines.
Ce 18 au matin, j’ai rencontré le substitut du Proc. A 10 heures au lieu de 9. Imagine qu’il faisait visiter le Tribunal à une maman et son fi-fils certainement délinquant.* Je suis convaincu que ce substitut a une formation d’éducateur. C’est pourquoi il m’a fait les gros yeux pour m’impressionner et faire peur au gamin. Ouh ! Que j’ai en peur ! Le Titi, lui n’a pas eu peur. L’avait pitié de moi. Les gendarmes aussi ont été abasourdis.
*Ndlr : à bien y réfléchir, cette "maman" serait-elle une greffière et son "fi-fils délinquant" le remplaçant de Botéro ? Va savoir ! M'enfin la jeunesse et la tête de délinquant, n'enlevons pas.
Le 4 avril, j’étais présent au Tribunal d’Alès. L’avocate d’office m’a repoussé violemment pour que je n’accède pas au Procureur. Tu voudras me rappeler qu’il y a là un gentil motif de Cassation. En effet, étant mon propre défenseur, j’avais les mêmes droits que l’avocate d’office.
Et pourtant, j'ai la preuve que j'ai été condamné le 4 avril et non le 16 mai 2012. Suis-je menteur, monsieur le substitut qui vous êtes ingénié à me foutre en taule ? J'ai deux preuves : un écrit de la Gendarmerie et une convocation pour le procès du 4 avril et un témoin de l'audience. Monsieur le menteur, faites moi procès.
Le substitut du proc m'a envoyé en taule parce qu'il a eu peur de mes écrits. J'ai eu l'impression d'être à un procès de l'épuration de 1944-45 : des journaleux ont été fusillés pour faits d'écriture. N'est-ce pas exact ? Faites-moi toujours procès s'el vous pli, missié.
Monsieur le substitut n’a rien compris. (J’ai dit Monsieur ? Tu en es sûre ? Ah, bon ! Comme c’est ballot !). Ce que je sais ? C’est qu’il ne m’aime pas et qu’il n’a lu ni mes conclusions, ni les lettres que j’ai écrites. Les a-t-il réfutées ? Pour celà, il faut savoir lire. Le peu qu’il y ait jeté un œil, il n’y aura senti que des menaces. C’est un bizarre, ce type : voila pourquoi je ferai toute ma peine.
Je languis ma Noémie, mon Rolando, mon Pierre, ma Carine, mon Américo, mon Christian, mes Claude et ma Claire, et toi et ton mec. Et ma 309, ma belle Peugeot.
Bisous, et à demain.
Papa Gilles.
PS : Juju, quand tu m’écris, mets l’adresse entière. Sache que tes lettres sont lues (les miennes aussi). Tu peux donc faire passer des messages à l’administration. Ils sont sympa. Envoie-moi quelques t-shirts et cigarettes pour mon co-détenu. Il est pauvre.
Ne viens pas me voir pour l’instant. Ca me foutrait le bourdon. Envoie un double de cette lettre à Carine pour son mec. Qu’il surveille mon courrier et l’ouvre. J’attends une lettre de la Clinique. Qu’il me donne le résultat.
Bisous à ta famille, Carine. Bisous à Rolando. Et à Noémie.
PS pour Rolando : Rendez-vous à la Saint Claude*.
*Ndlr : St Claude, le pays de la pipe si prisée.
_______________
Aux arrivants,
je te présente Romulus, roumain de 22 ans, deux gosses, marié à une française. Il avait arrêté l’alcool, ce qui était vrai : le blanc de ses yeux était clair. A pris deux mois fermes pour vol. Il ne comprenait pas cette détention. Il déprimait. Je lui disais :
-Profite de cette détention. Fais-toi soigner les dents... !
Il parlait mal français, mais "expulsion", il comprenait bien ce mot. Il avait peur d’être renvoyé en Roumanie.
Et puis en prison, il y a le médical, médecins et infirmière. Polis, vous serre la main contrairement aux services de la pénitentiaire qui vous refuse même le Monsieur. Ils sont rattachés à l’Hôpital de Nîmes : radio des poumons, tests sanguins, d’urine. Personnel très compétent. Plus les Assistance sociale, le SPIP.
Information ce jour sur le SIDA, les hépatites, les vaccins, la prévention. Piqûres ici : que des piqûres ! Moi, j’aime pas les piqûres. Je hais les piqûres !
Le 18 juin de l'an de grâce 2012.
La roue de l'écureuil.*
Dessins de René BOUSCHET (R&B).
… le lundi 18 juin 2012 :
-Ca y est, je suis bien en prison à Nîmes. Et je cours derrière les barreaux
Et me voici aux "Arrivants", en cellule avec
Olivier de son prénom. Son nom veut dire le Pauvre dans une langue étrangère.
Rien ne s’invente en prison. Tout est vrai et irréel. Ensuite, je serai avec "Rmissi".
Deux gifleurs en cellule : Une soirée arrosée, elle le griffe, il la gifle sommairement, lui écrit quelques méchancetés par SMS… et hop, hop ! En prison ! Pauvre homme ! Un an ferme… ta gueule !
… le lundi 18 juin 2012 :
-Ca y est, je suis bien en prison à Nîmes. Et je cours derrière les barreaux
Dimanche 17, fête des
pères. Levé tôt, lavé et rasé en prévision de la messe de 11 heures avec
Rolando. Une rencontre personnelle avec Dieu, mater ses créatures et tenter de
pécho les nanas. Pécho, chopper, attraper. Que l’on nous comprenne : nous sommes
à jeun !
Café-journal aux "Cévennes" avec ma compagne
Noémie, puis ballade aux "Châtaigniers". Rencontrons Américo qui nous dit :
-Viens-tu aux Puces de Rochebelle ? Lorsque nous revenons au
Vigan, à 100 mètres de chez-moi :
-Les flics, Américo, c’est pour moi ! Sûr ! Fais pas le con, dégage !
-Viens, on va voir ! que me dit l’autre vilain…
-T’es taré, ou quoi ! Prends le Bourilhou.
Américo me largue aux "Châtaigniers" avec ma chienne :
-Je vais faire un tour vers chez-toi. Je te dirai… attends-moi.
-Les flics, Américo, c’est pour moi ! Sûr ! Fais pas le con, dégage !
-Viens, on va voir ! que me dit l’autre vilain…
-T’es taré, ou quoi ! Prends le Bourilhou.
Américo me largue aux "Châtaigniers" avec ma chienne :
-Je vais faire un tour vers chez-toi. Je te dirai… attends-moi.
Je reçois plusieurs appels masqués,
insistants. Je n’y réponds pas.
-C’est bien pour toi qu’ils sont-là ! C’est quoi ce bordel, un dimanche… les enc..lés !
-C’est bien pour toi qu’ils sont-là ! C’est quoi ce bordel, un dimanche… les enc..lés !
Messieurs de la Maréchaussée, veuillez
excuser le langage de corps de garde de mon ami Americo : il est portugais !
Poète, soit, mais poète portugais tout de même ! Grossier. Particulièrement grossier.
Américo nous invite, avec Rolando, à manger. De la pasta italiana.
-Je peux te cacher, si tu veux !
-T’es pété, ou quoi…
-Mon pauvre vieux ! me plaint Rolando.
J’appelle Julie qui s’inquiète pour son papa d’amour. Vers 15 heures, je vais rue Pierre Görlier, téléphone et, les gendarmes, à l’écoute, viennent me cueillir. Je laisse Noémie seule, re-téléphonons à Rolando et Julie. Je laisse la porte ouverte.
(Ndlr : La vilaine a été prévenue dès le 15 juin par le capitaine Del… que les gendarmes me mettraient en prison le 17. Faisait-elle le guet pour les prévenir ?).
-Je peux te cacher, si tu veux !
-T’es pété, ou quoi…
-Mon pauvre vieux ! me plaint Rolando.
J’appelle Julie qui s’inquiète pour son papa d’amour. Vers 15 heures, je vais rue Pierre Görlier, téléphone et, les gendarmes, à l’écoute, viennent me cueillir. Je laisse Noémie seule, re-téléphonons à Rolando et Julie. Je laisse la porte ouverte.
(Ndlr : La vilaine a été prévenue dès le 15 juin par le capitaine Del… que les gendarmes me mettraient en prison le 17. Faisait-elle le guet pour les prévenir ?).
Formalités à la gendarmerie, longues, très
longues, signatures : une trentaine ! Enfermement à 17 heures, repas 19h30. Colin
ou chili. Mauvaise pioche d’un chili con-carné-armée-française plus que
dégueulasse.
-C’est l’ordinaire de l’armée ! Voilà pourquoi on perd toutes les guerres, nous les français ! Rapport à la malbouffe.
-C’est l’ordinaire de l’armée ! Voilà pourquoi on perd toutes les guerres, nous les français ! Rapport à la malbouffe.
18 juin Waterloo, morne plaine. Réveil. Un
Choco-BN. Je refuse. Un café mauvais. 7h45, vers Alès. Départ en Mégane avec un
Adjudant-chef et une petite "gendarmette". Le substitut, nous fait attendre
plus d’une heure : le monsieur s’était fait "éducateur" pour la visite de son
antre à une maman et son fi-fils. On est un monsieur important. Qui ? Monsieur
le substitut !
Monsieur le substitut-éducateur va montrer
son autorité :
-Non, Monsieur : vous ne vous êtes pas présenté au Tribunal !
-…
-Vous n’avez pas téléphoné à l’avocate d’office. Vos conclusions ? Au substitut X ?
-…
-Vous êtes dangereux, vos lettres sont menaçantes. Vous n’avez pas été condamné pour vos lettres. Mais pour votre dangerosité !
-…
-Non, Monsieur : vous ne vous êtes pas présenté au Tribunal !
-…
-Vous n’avez pas téléphoné à l’avocate d’office. Vos conclusions ? Au substitut X ?
-…
-Vous êtes dangereux, vos lettres sont menaçantes. Vous n’avez pas été condamné pour vos lettres. Mais pour votre dangerosité !
-…
-En prison, Monsieur Patrice. Signez ici.
Direction Nîmes avec mes deux gendarmes quelque peu interloqués. Il m’a semblé entendre :
-Quel con ! Je demande à l’adjudant-chef de me faire un cadeau pour mes 65 ans, le 26 juin :
Direction Nîmes avec mes deux gendarmes quelque peu interloqués. Il m’a semblé entendre :
-Quel con ! Je demande à l’adjudant-chef de me faire un cadeau pour mes 65 ans, le 26 juin :
-Choppez l’amant de mon ex qui conduit sans
permis ! Je lui tapisserai gratis son bureau.
(Ndlr : ma lettre de dénonciation a été fournie à l’avocate adverse et placée contre moi dans la procédure de l'Appel. Merci qui ? Le capitaine , Botéro ? Pas très légal, tout ça).
Cà le fait rigoler, l'adjudant.
(Ndlr : ma lettre de dénonciation a été fournie à l’avocate adverse et placée contre moi dans la procédure de l'Appel. Merci qui ? Le capitaine , Botéro ? Pas très légal, tout ça).
Cà le fait rigoler, l'adjudant.
-Dites à Madame-ex que je suis en taule.
Rassuré, son Bébert roulera plus serein, sans permis.
-Je ne vous garantis rien. Je l’avais déjà attrapé le jour de l’an. La gendarmette rigolait !
-Mr Patrice, vous êtes impayable… et elle aimait rire.
-Je ne vous garantis rien. Je l’avais déjà attrapé le jour de l’an. La gendarmette rigolait !
-Mr Patrice, vous êtes impayable… et elle aimait rire.
Arrivée à la Maison d’Arrêt de Nîmes vers 11h
20. Formalités. Photo. Et n°22352 sur l’écriteau tenu près du
cou.
Je sais que le responsable-fouille est
protestant. Enfin, je crois le savoir à sa façon de regarder le petit pin que
je porte sur mon T-shirt.
On me donne deux couvertures, deux slips, des
t-shirts, des tongs, du savon qui pue la merde, du dentifrice qui coule, de la
crème de rasage et des rasoirs, du papier-Q et à lettres, stylos, peigne,
enveloppes…, deux assiettes, une cuiller et fourchette en acier-mou (si, si, ça
existe !), couteau-cuivre (ça existe aussi, la preuve !), serviette et torchon,
gant de toilette (qui déteint grave, les deux slips aussi).
Je mets le tout dans une grande taie de
matelas bleu-de-France et, hop !
-Appuyez sur le bouton à la grille. Tout droit. Un gars au fond du couloir, à droite. 130 mètres.
-Appuyez sur le bouton à la grille. Tout droit. Un gars au fond du couloir, à droite. 130 mètres.
Plusieurs grilles. Au milieu du long couloir,
un défibrillateur. Je me dis que le temps de dé-lourder toutes les portes et
grilles, le cardiaque, il ne l’est plus du tout.
Et me voici aux "Arrivants", en cellule avec
Olivier de son prénom. Son nom veut dire le Pauvre dans une langue étrangère.
Rien ne s’invente en prison. Tout est vrai et irréel. Ensuite, je serai avec "Rmissi".Deux gifleurs en cellule : Une soirée arrosée, elle le griffe, il la gifle sommairement, lui écrit quelques méchancetés par SMS… et hop, hop ! En prison ! Pauvre homme ! Un an ferme… ta gueule !
Moi, j'ai plus de la chance : deux gifles,
seulement un an ferme. Deo gratias !
Inscription à :
Articles (Atom)





