jeudi 24 avril 2014

Slip négociant* !


...ou l'histoire d'un tout petit slip bien trop moulant et pour dire, chers amis, que la vie tient toujours à peu de choses, oh, ce si peu de choses qu'on appelle l'imprévu : le retard d’un train, cet orage impressionnant qui vous a surpris, une rivière en crue qui vous a arrêté… de beaux yeux inconnus à la fenêtre d'un train au départ, un scooter fuchsia improbable, ce tailleur bleu nuit qui met en lumière de belles formes et qui tourne définitivement, vous le savez, au coin de la rue, en plein midi, et voilà votre univers chamboulé. Qu'y pouvez-vous ? 

La galère, cette mauvaise engeance qui commence toujours tôt-matin, comme pour vous désorienter à l'envie, s'ingénie pour que l’incroyable devienne notre seule réalité.
- Mais, qu'ai-je fait au Bon Dieu pour mériter tout ça ? 
Alors, en ce matin de négociations salariales, vous savez que la vie ne vous veut plus de bien. Pourvu qu’elle ne prenne pas le pli de ne vous faire ramasser que de mauvais plis.

Prenons un exemple, si vous le voulez bien. J’étais, dans les années 76…
- Non Rolando… pas 1876, parce que j’y étais.
- Donc, Gilou, l'année 76 ?
- Oui, Rolando, c'est ce que je disais; mais pas en 1876.
Bref. En ces chaudes années des nuits torrides dues à la claire lune de mon excitante maîtresse, je me trouvais en formation à Montpellier, responsable syndical CGT (n’ayons pas peur des fichages franchouillards bien inutiles), et Président d’une Commission Régionale Paritaire pour la Formation Professionnelle, la Promotion Sociale et l’Emploi.

Le pied*, quoi. Le pied, vraiment ! En formation, sous la férule du Directeur de l’école, pendant le temps que j'étais responsable de toutes les formations d’éducateurs de la région. Imagine Gilou et son petit lait. Et sa baguette magique, quoi !
- Non, Mr. le Directeur… vous ne pourrez apposer votre signature au bas de la Convention de stage, ne pouvant vous substituer aux syndicats. Vous sélectionnez  Bien ! C'est pourquoi, vous vous évertuerez à amener tous les candidats au diplôme d'état. Sans écrémer, je vous prie !
*Heureux les bébés... et les contorsionnistes qui prennent leur pied ! Pour le sucer. Le royaume des plaisirs solitaires est à eux !

Mes femmes m’ont toujours acheté des slips à l’estime. Pourquoi ? Et, y-aurait-il des tailles idoines en l’espèce ? Je ne sais qu’une chose : ces slips étaient tous, je dis bien tous, de taille enfant. Pourquoi ce choix ? 
Aussi, à chaque période de célibat, je rangeais ces contenants inconvenants dans un tiroir de commode, n'en sortant un que pour la drague ou le bal. Mais le bal, c’était moins souvent.
- Jé né compréné pas… Why ? (Je ne comprends pas… pourquoi ?).
- Chère Carole, tout simplement pour ne pas laisser paraître mes sentiments en coquille de danseur étoile.
- Mé lé slip trop pétité, comment rentré tout dédans (mais le slip trop petit, comment rentrer tout dedans).
- Hé, hé, petite coquine… hé, hé, hé ! Mettons, tous deux, la main à la pâte, gourmande, et affairons-nous, très chère !

Savez-vous que, même mignon, un slip peu commode ne vous gênera aux entournures qu’assis sur une méchante chaise dure. Il s’agira, alors, d’une toute autre paire de manches, surtout dans des manches de pantalon.
Sans choisir, j’avais retiré un slip de la commode pour une séance de négociation prévue durer toute la journée. Mais, que j'aimais ces disputes difficiles, chaotiques, à écouter, à parler lentement, peu mais bien, expliquer clairement, ne pas montrer ses faiblesses ni ses forces, trouver l’argument-massue, simple, logique, imparable, éviter l’enlisement, sourire, faire semblant de réfléchir, laisser volontiers la parole et surtout ne jamais la couper. Toujours en joueur de poker : rien dans les mains, rien dans les poches tout dans le semblant.

Et moi, sur la sellette, je me tortillais dans mon slip… Les représentants employeurs m’observaient. Me croyaient-ils impatient, énervé, peu à l’écoute de leurs arguments ? Je ne sais. Devais-je leur dire que mon slip, tout petit morceau de tissu, tout en connerie fleurie, choisi avec amour par ma femme chérie, me sciait la cuisse droite, rendant ma position intenable, allant jusqu’à agresser ce qu’il devait protéger en toute douceur pour m'éviter de m'y asseoir dessus, ce qui est douloureux, croyez-le, le temps de se relever dure souvent trop longtemps.
C'est pourquoi, de temps à autre, il me fallait gigoter pour me soulager.
Lorsque l’on sait que les négociations obéissent aux règles d’un jeu de stratégie dans lequel il faut dominer la situation, prendre l'ascendant, être serein... Et, là, tout devenait intenable, invivable, parce qu'il me fallait bien la rectifier, cette maudite position.

- Mesdames, Messieurs, j’ai besoin d’un temps de concertation avec les syndicats de salariés. C’est pourquoi, je propose une interruption de séance de 5 mn.
- Monsieur le Président, il est près de 11h30. Pourquoi interrompre ?
- Oh, ce ne sera qu’une mise au point rapide.
Tu parles Charles. Interrompre, mise au point ! C’était ce satané slip qui interrompait la circulation sanguine au niveau de ma cuisse. Il ne s’agissait que de se soulager dans les toilettes et là, rien que de très normal.

Dans cet endroit, la discussion syndicale devenait surréaliste :
- Tout marche du feu de Dieu. Pourquoi cette interruption, Président ?
- Pourquoi ? Regarde, c’est mon slip, monsieur de la CGT-Fo.  
Ce faisant, j’avais glissé une main dans mon pantalon, forçant l’élastique du slip pour l’agrandir et soulager ma cuisse. 
Monsieur mon copain, de la CFDT, mégot aux lèvres, observait, dubitatif cette main farfouilleuse qui ne pouvait rien soulager, contrairement à certaines manipulations. 

Ici, le problème, toujours énoncé n’avait pas trouvé solution. On  sentait bien que l'élastique refusait de céder à l'aimable sollicitation.
La CFDT, perspicace, comme à son habitude, ne s’attendait à aucune amélioration de l'embarras présidentiel, tout en appréciant, en connaisseur, cette hardie manœuvre de sa consoeur*, la CGT.
*C'est voulu. Ne corrigez pas !

A ma deuxième demande d’interruption, contestation intempestive qui nous vient de Monsieur CGT-Fo…
- Monsieur le Président, ce point précis est pratiquement accepté par tous. Pourquoi suspendre ?…
- Pourquoi ? Parce que nous devons le revoir avant que de ne l’accepter.
C’est ensuite au tour de Monsieur CFDT qui s’engouffre dans la brèche, pince sans rire…
- Nous sommes en retard sur l’ordre du jour, Monsieur le Président. Il nous faut avancer !
- Peut-être, Mais j’ai besoin de votre avis. Excusez cette interruption. Merci, Mesdames et Messieurs.

Dans les toilettes, encore une fois pour notre soulagement, nouvelle mise au point syndicale et réglage du slip par la main gauche présidentielle dans l'entre-jambe du pantalon de la CGT :
- Dites mes salauds, c’est pas sympa…
- Si on ne peut plus rigoler. Et si on faisait profiter les patronaux ? Une histoire de slip, une ! Le rêve.
- Ecoute, Gilles, soit l’élastique tu le casses, soit tu lèves* ton slip. Parce qu’il commence à m’énerver, celui-là.
*Expression du midi de la France : lever le slip, tomber la chemise pour dire enlever le slip ou la chemise. 

Ce qui fut dit fut fait. Je "tombais" le slip, mis ma culotte dans la poche, finis par l’oublier et l’affaire fut dite, faite et bien faite.

Le slip tombé, il n’y eut plus d’interruption de séance et tous s’en trouvèrent soulagés. Surtout moi qui n’en porterais plus en toutes négociations. De culotte.

PS : au soir, rentré chez moi, ayant oublié l'incident, ma femme s'étonna que j'étais cul-nu sitôt le pantalon tombé...
- Mais... chéri, tu enlèves ton slip avant ton pantalon ?
Essayez de vous justifier après toute cette délicate affaire d'affaires intimes. Comme, ce sont les miennes, alors, voili-voilà !
 
Et, si je le dis, c'est que c'est vrai ! Sauf pour le bal ou la drague ! Mais la drague, à mon grand âge, c'est moins souvent !

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