lundi 29 avril 2013

C'est Beau Paris ! - 8.


Un meurtre Parfait ?

Mil neuf cent cinquante deux, vingt quatre décembre. Après de nombreuses semaines de cogitation, il s'était décidé à l'organiser, cet ultime acte et avait trouvé une solution à ce douloureux problème.

Le soir de Noël aidant, il avait acheté à la pharmacie du coin de la rue un paquet de mort aux rats qu’il avait dissout dans l’eau pour introduire la solution dans des bouchées de pâte de fruits qu’il avait trouvées dans un placard que des amis de sa mère lui avait offertes avant guerre.

Il allait donc injecter ce produit à l’aide d’une seringue en verre (inventée, conçue et réalisée par le français LUER… cocorico en mil huit cent soixante neuf) qu’il avait dérobée au docteur qui venait une fois par semaine faire des piqûres à sa mère.

Il lui offrit cette boite de confiseries et lui en mit une aussitôt dans la bouche, attendant une réaction rapide. Rien ne se passait. Impatient du résultat, il lui en remit une autre, puis encore une autre, jusqu’au point de l’étouffer, ce qu’il ne voulait pas. Il espérait faire croire à une mort naturelle, mais il en fut autrement.

Elle était là, la mère sans vie, avec ses bonbons coincés dans l’orifice buccal. Contrarié par son erreur et de l’horreur de son inexpérience meurtrière, il prit la dernière pâte de fruits restée dans la boite, et l’avala.

La nuit qui suivit fut animée par les allers et retours aux toilettes, dégorgeant et repoussant les denrées repoussantes avalées la veille au soir et rendues indigestes par l’empoisonnée confiserie.
Le matin fut très dur et, cette nuit pourtant réservée au père Noël allait lui laisser un souvenir indélébile et impérissable.

Il fallait qu’il parte très vite s’il ne voulait être pris par les flics qui seraient avertis par des voisins indélicats. «Selon lui », personne ne se parlait dans l’immeuble mais la délation allait bon train, surtout de la part de madame LEPIC, la concierge, qui était mariée à un ancien milicien de PETAIN (Henri, Philippe, Benoui, Omer, Joseph né le 24 avril mil huit cent cinquante six, Maréchal de France, dit le Lion de Verdun malgré lui, encore regretté par certains et aussi vite oublié par d’autres...
... et ayant fini sa longue vie en Vendéen en la bonne îles d'Yeu qui n'en demandait pas tant en ce chaud 23 juillet du bel été de mil neuf cent cinquante et un)...
... et LAVAL (Pierre, né à Châteldon dans une bonne famille bourgeoise, le 28 juin mil huit cent quatre vingt trois, Président du Conseil des Ministres, bon serviteur de l'Etat Français, sauvé in extrémis après une timide tentative de suicide heureusement avortée, qui aura terminé sa vie de futur fusillé le 15 octobre mil neuf cent quarante cinq déclaré mauvais français, un des seuls auxiliaires de justice, à savoir avocat, qui aura eu maille à partir avec la justice en ces temps d'épuration trop incomplète... s'il avait été juge, peut être que mais, chut...).

Madame la concierge Lepic montait tous les matins aux étages pour distribuer le courrier. N’entendant pas de bruit dans l’appartement et possédant un double des clefs, elle rentrerait certainement pour voir ce qui se passait à l’intérieur et, cinq minutes plus tard se mêlerait de prévenir les flics.

Donc, la fuite était prescrite. Parfaitement! Et Parfait s'était proscrit, de lui même, par son acte, du voisinage de l'immeuble..

Revenu à la réalité, il s’affola à la vue de sa mère qui n’avait toujours pas bougé (pour cause!) et avait pris quelques couleurs non répertoriées au nuancier du catalogue de chez Ripolin dans ces tons de blanc cassé ivoirins.
Durant quelques minutes, il ne savait où il se trouvait, ne comprenait plus les choses des choses en leur déroulement de la vie.

Sa mère était bien présente mais bien morte. Il en attesterait au besoin. Mais morte de quoi… d’avoir été gavée de confiseries?… de mort aux rat ? Pour cette dernière façon de mourir, il en attesterait encore: la mort au rat donnait un désencombrement et un relâchement de certain sphincter et sa mère ne présentait pas ces symptômes très rapides, dont les odeurs entêtantes de mort et cette seule raison le rassurait. Mais il ne savait plus que faire parce que les sphincters se relâchaient quand même plus rapidement qu'il ne l'avait pensé. Etait ce la mort aux rats ou la mort tout court la cause de ces écoulements? Il ne savait se déterminer.

Il s’enfuit sans prendre de vêtements ni autres affaires de rechange, dévala le garde fou qui n’était là que pour les fous et se laissa glisser jusqu’au rez de chaussée, s’arrêtant juste à temps pour ne pas écraser ce qui lui restait de courage (et ces petites choses qui vont par deux chez les hommes) sur le buttoir en forme de boules en fin de rampe.

Parfait mettra pourtant plusieurs heures avant de se rendre compte qu’il avait oublié l’emballage de la mort aux rats qui le condamnerait inéluctablement si…
Mais, Parfait, qu'as tu fait?

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