mardi 16 avril 2013

La source d'Isis. Historical ! - 1


D'après "Femme nue à la source" - Picasso (1962)
Pour une fois, nous nous instituerons historiens dans Rolando. Nous nous chargeons de retracer le passé des hommes et de leurs structures de vie, à travers une des plus belles histoires d’amour, celle que les viganais entretiennent avec leur source.
Et, comme dans toute histoire d’amour, nous dirions plutôt des hommes qu’ils sont tant habitués qu’ils n’en font plus cas, méconnaissant et l'histoire de cette beauté et ses bienfaits.

Notre œuvre se voudra radieuse et utile pour permettre aux hommes de notre petit pays, d’être fier de leur patrimoine, d’utiliser au mieux leurs eaux et à mieux se projeter dans un futur que nous voudrions glorieux. Nous vous permettrons de nous accompagner dans notre quête.

En tant qu’historien… et nous revendiquons cette appellation, nous constaterons des faits, des phénomènes restés jusqu’alors inexpliqués. Puis nous servirons d’outils, de documents, poserons des hypothèses, puis des théories, nous n’y croirons pas, bien évidemment. Nous les réfuterons et puis, souventes fois, à votre grand dam, nous les adopterons. Nous revendiquons cette mauvaise foi… si utile à toute recherche. Elle sera notre compagne, et donc, la votre et qu’il faudra bien accepter.

Préalables, présupposés, hypothèses, théories, tout sera mélangé. Tant pis vous. Tant pis pour nous!

Pourquoi cette recherche? Depuis 1956, je connais cette source. J’ai bu beaucoup d’eau d’Isis. Et depuis cette date, je me suis aperçu que cette eau rendait les hommes très, très amoureux, au moins de leur petit viganais. Comme c’est bizarre!

Quant aux femmes, nous les trouvons bien moins réceptives. Hélas! Non, mesdames, ne me contredisez pas. En effet, lorsque nous rencontrons un couple main dans la main en notre bonne ville du Vigan, nous sommes sûrs à 100% que le couple n’est pas originaire de la région. Ou alors, que le viganais est tombé en amour d’une belle étrangère. Mais, au bout de quelques temps, la belle étrangère se fait viganaise et alors, patatras… le viganais et sa dame deviennent peu démonstratifs. Et finis les bisous dans la rue et la main dans la main!

Les dimanches, nous savons que vous allez à l’église Saint Pierre et au temple après votre tiercé. Ou alors aux bistrots. Si vous rencontrez un couple amoureux se faisant de petits bécots, alors, c’est d’ET et de sa dame que vous parlerez.

Pour ma part, et puisque vous m’obligez à vous conter ma vie, depuis 1956, je n’ai eu que deux petites heures en tête à tête amoureux avec une jeune fille de mon âge. Viganaise de surcroit. Deux heures. Elle était viganaise, ceci expliquant cela. Toutes les autres femmes que j’ai rencontrées étaient soit de Sumène… ah, la suménoise… divine, soit de Ganges… ah la gangeoise… mon Dieu, parfaite et plus souventes fois de Saint-Hippolyte du Fort … ah, plus que parfaite, la cigaloise. Mon chant d’amour, ma cymbalisation en chant d’amour d'été, pour mes cigaloises. Ah. Je vous jure.

Par contre, étant un peu bizarre, et la nature revenant toujours au galop, je n’ai eu que des femmes issues de la Garderie pour sérieux amours. Je veux signifier, par là, soit qu’elles aient été longtemps maîtresse, concubine, soit femme légitime... issues du Gard.

Ma maîtresse et ma longue concubine étaient nées au Vigan même, durant un hiver très froid. Vrai de vrai.

En été, dans les années 50 et 60, sur la Promenade des Châtaigniers ou le Quai, les soirs d’été, les familles, bras dessus, bras dessous se rencontraient, se croisaient, se saluaient, se parlaient, se mariaient… Vous dites… vous disiez… Oui, mais non! A l’époque, on buvait plus de vin qu’aujourd’hui et donc moins d’eau de la source d’Isis. Ceci expliquant cela.

Vous noterez encore que les nouveaux arrivant qui s’aimaient d’amour tendre comme deux pigeons finissent inexorablement à ne plus se tenir par la main, ou par le bras, en notre bonne ville du Vigan. Et se comportent en viganais qui se respectent.

Parce qu’enfin, il faut se respecter. Et cacher sa libido. Il vaut mieux dire ses affects? Excusez du peu!

Ce désamour serait-il lié à un problème d’eau? Pour ma part, je le pose en certitude. Et, ici, je reconnais que je ne fais œuvre d’historien mais d’histrion qui vous jouerait mal une mauvaise fable. Nous n’avons pas à plaire mais à vous distraire par nos contes… ou nos histoires qui feront partie du patrimoine historique de cette région, d’ici peu. Nous n’en doutons, mais!

Vous me direz : la télévision est passée par là. Oui. Je vous conterai que si ces dames s’accrochaient au bras de leur mari dans les promenades estivales sur la Promenade des Châtaigniers, sur des hauts talons qui leur permettaient de ressembler à Gina Lollobrigida, Sophia Loren et Marilyn Monroe… la machine à laver le linge les libérait d’éreintements et leur permettait de mieux vivre. Et puis, Nous Deux et autres romans-photos faisaient le reste.

Il ne s’agissait nullement de tendres gestes mais de rattrapages d’équilibres plus que précaires.

Comme tout historien qui se respecte… nous nous permettrons de n’être que des raconteurs de belles histoires, en posant de belles hypothèses que nous proposerons ou abandonnerons au gré de notre travail. Et puis, à la limite, si non e véro...

Nous revendiquons le droit à ne pas plaire. En effet, en l’affaire d’Isis, si nous avons peu d’éléments qui nous permettraient de retracer l’histoire grandiose de cette source, rien ne nous empêche de vous conter fleurette (on ne dit pas fleurette?…  un joli mot que je conserve!).

Donc, contons fleurette à la belle Isis, Notre Dame de la Vie en ce pays sujet à la fois aux inondations catastrophiques de pluies diluviennes des épisodes cévenols et de sècheresses redoutables: sauvegarder l’eau, posséder une citerne, ne pas déboiser les pentes, retenir l’eau par tous les moyens, la distribuer, la récupérer, la rendre à la rivière pour les autres utilisateurs, ne pas la polluer… voilà la tâche ardue que nos ancêtres ont su régler dans leur vie. Et que nous ne savons plus faire. Parce que tout nous semble inépuisable.

Vous noterez que ce terme d’inépuisable est particulièrement bien choisi.

Qui maîtrise l’eau, qui la recueille, la dispense, et la récupère et la rend à la rivière après l’avoir sauvegardée devient seigneur en ces lieux. Et bienfaiteur. L’eau (boire) est aussi fondamentale à sauvegarder que la terre (qui nourrit), l’arbre (pour chauffer, cuisiner, se nourrir et retenir les sols et l’eau). Or, la terre, les vergers, les forêts, les bassins versants se doivent d’’être protégés de tous: de la rapine, de la pollution, du feu. L’organisation sociale cévenole a su mettre en place des sauvegardes nécessaires à ce faire qui se sont délitées aujourd’hui. Voyez la pollution «naturelle» des eaux. Et leur manque.

La population du Vigan stagne depuis des siècles. Elle ne se lave pas mieux et pas plus que la moyenne des français (cela se saurait et se sentirait), entretient peu de piscines, arrose chichement et donc ne gâche pas plus d’eau que nos ancêtres. Pourquoi aujourd'hui aurait-elle besoin de trouver d’autres approvisionnement que la source d’Isis, sachant que le trop plein se déverse toujours dans l'Arre?

Lorsque l’on voit l’état des griffouls, l’eau qui y croupit… la pollution galopante par les nitrates et phosphates que l'on remarque par les algues et mousses. Et si je me trompe que je meure et que j’aille en enfer… ou qu’on me fasse procès. Contredisez-moi et je serais le plus heureux des hommes, prêt à mettre tous les droits de réponse qu’on voudra bien me demander. Poliment, cela va sans dire.

La source d'Isis est-elle toujours eau de source?

De mon Vigan et de mon Café des Cévennes  le 16 avril an de grâce 2013. A Danielle.
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Illustration de René: d'après "femme nue à la source" Picasso (1962).

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