lundi 25 février 2013

La photo à peine voilée...


J’ai annoncé que notre blog serait de haute tenue. Profitons de mes 45 années de pratique photographique. Et de mes dons didactiques. Rolando me dit :
-Parce que tu penses apprendre aux Gendarmes comment faire des photos? Rigolo, va! Je te vois bien, Gilou à la manœuvre :
-Gendarme numéro 1 désignez votre cible. 
-Cible N° 1, bouteille de Ricard. Vue! 
-Gendarme N°2… 
-Cible N° 2, bouteille de Casanis. Vue! 
-Pour un tir d’un cliché. A mon commandement, ouvrez le feu… Halte au feu! Au résultat! 

Appuyer sur un bouton, mon Dieu, tout le monde sait. Même les gendarmes (j’espère que vous n’y verrez pas matière à moquerie. Quoique, dirait un pote dont je tairai le nom pour d’évidentes raisons… la maréchaussée et les boutons? Y me les foutent!).
Et, le Rolando qui pratique son Gilou, se méfie quand même…
-Chiche. Explique aux pandores! Ils auront une occase de plus de t’arrêter. Pour discuter avec toi!

Lesson one. La photographie n’est qu’un art.

Les gendarmes me diront certainement:
-Et en matière judiciaire, Monsieur Patrice? Des jugements se basent sur des photos!
-Sont-elles artistiques?
-C'est-à-dire…
-Vous allez aux champignons. Préférez-vous un livre sur les champignons avec photos ou peintures?
-Mais, c’est la même chose.
-Que nenni! La peinture est réaliste. La photo est subjective.
La photo est un art dans lequel seul l’objectif de l’appareil est réel! Tout le reste n’est que flou artistique!

Lesson second. De l’objet et du sujet.

Dès l’invention de la photographie, on s’est rendu compte qu’elle s’opposait à la peinture dans la réalité.
Le peintre a des objets de peintures et le photographe des sujets de photos, la photographie n’étant qu’un rapport subjectif entre deux sujets car il n’existe pas d’objet en photo. Ici, tout est sujet, avec sa psychologie, sa vie propre, son rapport au vivant.En photo donc, une nature morte est un sujet. Alors qu’elle n’est qu’un objet en peinture.

Lesson third. L’impression photographique.

Donc, la photo n’est qu’un rapport subjectif entre deux sujets? Incredible!
-Et donc, Maître Gilou, tu dis que rien n’est réel en photo, que tout n’est qu’illusion, sentiment, irréalité?
-Je ne dis pas cela. Je dis, que la photo est d’abord impression. Impression photographique.
La photo est subjective. La peinture est objective.

Lesson fourth. Pinceau  et Objectif.

Le pinceau retrace la réalité. Il s’y attache, la décrit. L’objectif ne fait que suggérer le rapport de deux subjectivités: le sujet photographiant et le sujet photographié.
Il faudra attendre l’impressionnisme, le dadaïsme, le cubisme et la peinture «réaliste» moderne pour que photo et peinture se rejoignent sur le subjectif en s’éloignant de la réalité.
La peinture décrit. La photo suggère.

Lesson fifth. L’œil et l’objectif.

Chaque œil à sa propre déformation. Aucun humain ne voit pareil que l’autre. Mais nul ne peut comparer sa vision à une autre… Mais, nos aberrations ne transforment jamais la réalité telle que les choses en deviendraient irréelles.
Sauf quand on est aviné ou sous influence de la drogue ou des médicaments. Mais rare sont ceux qui arriveront à retracer leur «expérience» hors du réel.
Même, dans le domaine du daltonisme qui n’est qu’une gêne que l’intelligence peut pallier par l’expérience, tout peut se corriger pour approcher la vision «moyenne» de l’homme moyen.

Par contre, dès que l’on se sert d’objectifs de focale différente, la vision des choses se «subjectifie» grandement. Ce que le peintre ne peut se permettre, le photographe use à loisir pour changer, accentuer le subjectif des sujets photographiés.
Le photographe déforme la réalité, qu’il le veuille ou non, que ce soit consciemment ou non dans ses photos.

Lesson sixth. La perspective.

Sachez que l’utilisation des objectifs ne change jamais le point de vue du photographe et donc de la perspective. Et pourtant… l’impression n’est jamais la même.
Sachez que le peintre recherche la perspective naturelle. Même dans la peinture naïve, le manque de perspective n’est pas une gêne.
L’impression de la déformation de la perspective en photo selon l’angle de vision par rapport à la verticale est impressionnante.

Lesson seventh. Le rapport du point de vue psychologique.

La plongée, la contre-plongée et l’horizontale vont induire inéluctablement un rapport de dominant, de dominé ou d’égalité.
Selon que vous utiliserez l’un de ces trois angles de visée, vous changerez le rapport photographique entre les deux sujets: le photographié et le photographiant.
Qui domine. Qui est dominé et qui est l’égal. C’est le rapport sujet-sujet.

Lesson heighth. Le téléobjectif.

La tricherie. Il rapproche les lointains et les sujets et donne l’impression qu’ils sont proches psychologiquement du photographe. Il isole le sujet des autres par une profondeur de champ restreinte.
De plus, il densifie les masses, les foules. On a l’impression que les gens sont serrés les uns aux autres. Qu’il y a plus de monde.
Le sujet principal est magnifié. Aucun œil ne voit comme cet objectif. Attention. C'est l'objectif "amoureux". C'est le grand déformateur des réalités.

Lesson nineth. Le grand angle.

La tricherie. Il éloigne les lointains et les sujets. Il déforme grandement les premiers plans. La profondeur de champ est augmentée, d'ou cette impression de froideur, de "lointain" psychologique. On a l'impression d'être étranger au sujet.
Tout est net. Les sujets sont minorés. Ils sont à égale "distance" psychologique. Rien n'est magnifié, n'a d'importance.
Plus on se rapproche du sujet, plus il déforme. In ne devrait servir que pour montrer des scènes d'ensemble. Jamais pour un portrait sauf dans le cas ou l'on se trouve à bonne distance du sujet et pour le montrer dans son environnement. Aucun oeil ne voit comme cet objectif.
Cet objectif est le grand déformateur des réalités et de la psychologie froide.
On a l'impression d'être étranger à l'autre.

Lesson tenth. L’objectif normal.

Il se rapproche de la vision normale humaine. Mais il «subjectifie» autant que les autres «objectifs», les autres focales.



Messieurs les officiers de police judiciaire: disons, Messieurs que je compte sur votre intelligence pour comprendre pourquoi le grand-angle n’est pas fait pour photographier un visage de trop près car vous déformeriez la réalité. En effet, aucun œil humain ne voit comme un grand angle, ni comme un téléobjectif.

Le grand-angle ne doit servir qu’à montrer l’ensemble d’une scène et se doit d’être toujours à l’horizontale pour éviter la déformation des verticales et utilisé placé à mi-hauteur de la scène à photographier. Toujours à l’horizontale!

Alors, usez, abusez de l’objectif normal. Merci bien.

Et pour les gros plans? Il existe des bagues-allonge et des objectifs-macro. Et si vous ne disposez d’aucun de ces dispositifs, faites de la macro avec le téléobjectif.

Dernier conseil. Le plus important: Sachez que vous devez toujours respecter l’intimité du sujet photographié. Et ne jamais entrer dans la sphère de protection de l’autre. Pour tout objectif en dessous du 50mm, la distance est d’une longueur de bras, main ouverte. Environ 60 cm.
En effet, rappelez-vous qu’un petit clic n’est pas une grande claque.

Et pour que vous ne mouriez pas idiots, sachez qu’on en saura plus sur vous lorsque vous photographierez car, si vous m’avez bien suivi, le rapport sujet-sujet signifie que la photo dévoile votre rapport à l’autre, votre façon de l’appréhender, vos affects, et donc vous dévoilez quelque peu votre âme dans vos photos. D’où, la photo met à nu le photographe et son sujet.

Mon Dieu, que c’est bien dit, Maître. Merci bien. Et si, malgré ces conseils vous êtes toujours mal doués, dites autour de vous que le Maître Patrice est un bien mauvais Maître.

-Gilou-Gilou, je n’ai rien compris. Les gendarmes n’étant pas douaniers… tu crois que?
-Tu sais, mon Rolando, c’est mon ami Imbert, gendarme dans les années 60-70 qui m’a appris à développer les films Noirs & Blancs. Il n’était pas douanier, non plus. Alors, je renvoie l’ascenseur!
-Et, mon Gilou… Y avait-il une gendarmette jolie-jolie à la manœuvre des bouteilles de Pastis?
-…Qu’est-ce que tu dis?

Et, messieurs de la Maréchaussée et de la Police Nationale, ne me remerciez pas. C’est cadeau. Pour éviter de passer pour des mauvais. Vous savez bien que Procs et substituts aiment la belle langue française. Alors… La belle et bonne photo en plus. Magnifico!
Et puis, faire condamner un M.E.C. avec de mauvaises photos. Que faites vous du Per lei?

Alors, siouplaît… offrez leur les photos le plus réalistes possibles. Sachant qu’elles sont subjectives. Et notez sous ces photos l’objectif utilisé et la distance au sujet. Et, mettez aussi un étalon (pas un cheval, Messieurs, pour calibrer les objets! horreur. J'ai dit objets? Pardon! Les sujets!...).
Merci bien!

Quant au Pastis photographié plus haut, l'avons sifflé la haut sur la colline, et c’est bien ainsi!

Des «Cévennes» (du Vigan) et de Pont d’Hérault (de Sumène) le Dimanche 24 février 2013.

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